<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201</id><updated>2011-07-28T22:59:59.477-07:00</updated><title type='text'>Souvenirs de Bab-El-Oued  -  Alger - Algérie</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://sbeo.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>30</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-3323081253321623122</id><published>2010-02-03T08:52:00.000-08:00</published><updated>2010-02-03T09:01:22.750-08:00</updated><title type='text'>Comme un arbre...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La vie nous a dérobé le plus beau des matins celui ou, sur une de nos branches nous aurions vu renaitre la première feuille du printemps. Nous sommes un arbre dont les feuilles ne repoussent plus. Comment pourrait-il en être autrement avec nos racines désormais inutiles car arrachées à cette terre d’Algérie. Nos racines, autrefois profondes, robustes, vaillantes, réduites maintenant à un entrelacs blanchâtre, stérile, noueux et sec, semblable à ces ossements extirpés à la hâte d’un caveau profané.&lt;br /&gt;Nous vivons notre ultime et interminable hiver. Nos feuilles meurent doucement et partent docilement. Ces feuilles brulées par un destin féroce et amoral. Une feuille d’Alger, d’Oran, de Tlemcen, de Bône, d’un village du littoral ou du bord de l’Atlas. Une feuille avec ses souvenirs et l’amour des siens comme unique bagage pour le dernier passage. Une feuille qui se détache et plane, maladroitement soutenue par l’haleine de la mort dans un balancement disgracieux ignorant le chagrin des vivants.&lt;br /&gt;Nous avons des mots usés et doux pour ceux qui restent. Une salutation murmurée avec son goût de larme. Un geste d’une tendresse retenue. Une main sur une épaule. Une dernière prévenance formulée dans un égal partage entre la mort et la vie. Un nom que l’on glisse lors d’une rencontre pour dire qu’il nous a quitté, pour dire qu’elle est partie.&lt;br /&gt;Bientôt plus rien de vivant ne subsistera de nous. Ceux de notre sang qui n’auront pas connu la vie de « là-bas », ne sauront bientôt plus rien de nos joies et de nos chagrins qui périront de ne plus être contés, asphyxiés par l’oubli. Sur ces vieilles photos que les familles conservent, un jour, un enfant cherchera notre nom, le nom d’un lieu, une date. Il ne trouvera pas d’écho. Les feuilles meurent en silence.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-3323081253321623122?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3323081253321623122'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3323081253321623122'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2010/02/comme-un-arbre.html' title='Comme un arbre...'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-1691123011603125894</id><published>2008-07-18T13:05:00.000-07:00</published><updated>2008-07-18T13:06:55.162-07:00</updated><title type='text'>La page 47</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Maman prépare ma valise. Une valise en plastique vert avec une fermeture éclaire qui court sur trois cotés. En rangeant les vêtements elle essaye d’avoir un air détaché comme si ce qui se prépare ne présentait pas d’importance particulière.  Mon père se tient à ses cotés. Lui aussi affiche une attitude trop détendue pour être naturelle. Maman me dit : « Pierre-Emile, écoute, c’est important. Dans cette enveloppe j’ai mis de l’argent. Je la cache dans ton pull bleu. Quand tu arriveras à Port-Vendre si pépé et mémé ne sont pas à la descente du bateau, demande à la dame qui t’accompagne de te mettre dans un taxi pour Amélie les Bains. Les sous c’est pour le taxi » Sur une jolie enveloppe prévue pour une carte de fête est écrit : «Monsieur et Madame Bisbal Pierre, chez Madame Ferrer Avenue du Général De Gaulle (Face au garage Cedo) – Amélie les Bains (P.O) ». Je reconnais la calligraphie appliquée de mon père. Maman va fermer la valise. Je crie « Faut mettre le livre que je suis en train de lire !». Je quitte la chambre de mes parents, cavale dans le couloir et rentre dans mon salon de lecture c’est à dire la chambre de ma grand-mère Ascension. Elle est assise sur son lit. Elle pleure en silence. Mon livre est à coté d’elle. Je fais semblant de ne pas  remarquer ses larmes pour ne pas en faire couler davantage. Je sais bien ce qui ce passe. Je pars seul car mes parents veulent me soustraire au danger qui enveloppe nos vies. Bab-El-oued vient de subir un bouclage de plusieurs jours, une guerre en miniature.  Mon père, comme tous les hommes du quartier, a du suivre les militaires venus le chercher à la maison. « Ce ne sera pas long » a dit un soldat à maman «  Juste le temps d’une vérification d’identité ».  Pendant plusieurs jours nous avons été sans nouvelle de papa. Après son départ, l’angoisse a englué notre petit appartement de l’avenue de la Bouzaréah. Et puis mon père est revenu. Il m’a simplement demandé si j’avais été sage avec maman et mémé comme pour vérifier si j’étais capable de tenir mon rôle quand les choses prenaient une vilaine tournure.&lt;br /&gt;Je retourne à la valise, le livre au bout de mon bras tendu. J’ai fait une petite corne à la page que je lisais. « Mais c’est un livre de la bibliothèque ! » remarque maman. Je réponds que oui, mais que ce n’est pas grave. La bibliothèque de la rue Leroux est fermée. Je rapporterai le livre quand je reviendrai. Je dis la chose crânement. Je soutiens le regard de ma mère. Moi aussi je joue le jeu. Le jeu de celui qui croit partir en vacances et qui ne se doute de rien. C’est également mon devoir de les rassurer tous. La valise verte avale le livre.&lt;br /&gt;Je suis parti. Ce voyage beaucoup l’ont fait. Au troisième pont, allongé sur un transat à la toile maculée, éclairé par une lumière électrique indigente, abruti par le bruit constant des machines, respirant les remugles aigres de vomis, les relents de mazout, les odeurs écœurantes des voyageurs entassés. Mes grands-parents m’attendaient au débarcadère. Dommage, je n’ai pas eu besoin de sortir l’argent de sa cachette pour vivre l’aventure du taxi à prendre seul.&lt;br /&gt;Sitôt arrivé et ma valise défaite j’ai replongé dans mon livre. Sa lecture s’acheva à Amélie-les-Bains, paisible village de curistes dans les Pyrénées Orientales. Petit cité catalane sans attentat, sans déflagration de bombe, sans sirène stridente, sans décompte macabre de victimes, sans inquiétude au moindre retard d’un membre de la famille, sans mort sur le trottoir avec, comme je l’ai vu, un suaire improvisé fait d’un exemplaire de l’Echo d’Alger dont les pages imbibées de sang se plaquaient sur le corps. Dissimulé à la vue des passants le cadavre n’existait plus. Un homme pressé ne contourna pas la victime et l’enjamba d’une large foulée blasphématoire.&lt;br /&gt;Les années s’accrochèrent les unes aux autres et firent défiler le temps mais je possède toujours ce livre emporté d’Algérie. Ce n’est pas un larcin que de l’avoir conservé et puis, à qui aurais-je pu le rendre ? Au cours de mes nombreux déménagements il m’est arrivé de croire à sa perte mais, à chaque fois, le petit bouquin à la couverture jaune est réapparu. Il est devenu plus qu’un livre, c’est un témoin. Sur une des premières pages, deux  cachets à l’encre violette déclinent son identité. Un petit tampon carré dit : « Ville d’Alger Bibliothèque rue Pierre Leroux ». Un autre, plus grand, plus officiel, se compose de deux ovales concentriques. Dans le premier ovale il est inscrit « Ville d’Alger Bibliothèque Municipale ». Dans le second, au centre le mot « Inventaire » avec un nombre marqué à la main : « 128685 ».&lt;br /&gt;Ces tatouages administratifs appartiennent à une réalité aujourd’hui disparue. Il me serait possible de retourner sur ma terre natale. Certains l’on fait. Arpentant  les rues de leur quartier, vibrant sous l’assaut des souvenirs, submergés de bonheur et de joie. Je ne pense pas  pouvoir vivre la même expérience qu’eux. Les causes et les conséquences de mon départ me l’interdisent. Elles s’intercaleraient forcément entre moi et ces retrouvailles. Elles projetteraient une ombre épaisse et froide qui voilerait le bonheur  enfanté par ce pèlerinage sur les lieux de mon enfance. Je ne souhaite pas  vivre cette épreuve. Mes souvenirs me suffisent. Et puis, nul ne peut s’en retourner quand le chemin n’existe plus. C’est ce que me rappelle mon livre avec, comme une frontière infranchissable entre l’époque de « là-bas » et ma vie « ici », sa  petite corne à la page 47. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-1691123011603125894?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1691123011603125894'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1691123011603125894'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/07/la-page-47.html' title='La page 47'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-145340669580490466</id><published>2008-07-04T01:13:00.001-07:00</published><updated>2008-07-04T01:20:54.036-07:00</updated><title type='text'>Un après-midi</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le plein été de l’Algérie transforme les logements en étuve. Dans la journée, pour éviter de vivre dans un four on garde les persiennes closes et les rideaux baissés. Notre appartement baigne dans une semi obscurité. Le soir, la chaleur se transforme en moiteur moins oppressante, et devient presque supportable. Malgré ce carcan de chaleur ma grand-mère s’agite car, cet après-midi, nous recevons une amie de maman. C’est plus qu’une amie, c’est sa sœur de lait. Elles sont nées pratiquement en même temps et ma grand-mère les a nourries ensemble. Etre nourrice fut, pendant longtemps, une alternative offerte aux jeunes femmes issues du monde des pauvres pour vivre moins misérablement. L’Espagne et l’Italie fournirent leur lot à l’Algérie. Notre invité arrive avec une grande pochette surprise pour moi et des gâteaux pour tout le monde. Ma grand-mère pose sur la table un broc de citronnade. Sur un napperon, maman a disposé nos beaux grands verres. Aujourd’hui ils ont quitté le buffet. Ils ne servent qu’exceptionnellement. C’est un signe précisant l’importance de notre invitée. Au bout d’un moment, ma grand-mère s’est éclipsée dans son royaume, sa cuisine. La canicule ne stoppe pas ses activités. Dans la salle à manger, assises sur un petit canapé, les deux jeunes femmes semblent s’amuser comme au temps de leur enfance. Elles vivent pleinement cette complicité née d’une affection de toujours. Elles parlent des « événements ». C’est un mot qui s’installe dans toutes les conversations. Un mot lâche, hypocrite et traître qui dissimule une réalité toute enflée de malheurs, de sang, de désespoirs et de morts. Un mot qui traîne avec lui l’horrible comptabilité des coups portés par chaque camp et la profondeur toujours plus importante de la plongée dans le malheur. Un mot qui borne un chemin sur lequel, malgré nous, nous nous sommes engagés mais dont nous ignorons qu’il sera sans retour. Une fois épuisé ce triste registre, la vie, la vraie vie reprend le dessus car le ton redevient enjoué. Il est question d’une de leurs connaissances qui a « passé la commande ». Fidèle à mon habitude je me tiens assez loin pour me faire oublier et assez près pour ne pas perdre une miette de cette intrigante conversation entre adultes. Il me faut toute ma vigilance car la tiédeur de la pénombre me tire vers le sommeil. Le temps se fait oublier et trompe notre vigilance. Les heures glissent. Sur la table le pot de citronnade est vide.&lt;br /&gt;L’amie de maman consulte son bracelet-montre. Il est déjà tard. Elle doit partir. Elle se lève et récupère ses affaires posées sur une chaise. Elle dissimule son visage derrière un masque. Un large triangle de tissus blanc orné d’une fine broderie qui descend plus bas que le menton. Avec un geste ample et précis elle s’enveloppe dans une légère toile de cotonnade blanche qui la couvre de la tête au pied. Ce mouvement répand son parfum dans la pièce. Maman ouvre la porte du palier et déclenche la minuterie. Sur le pas de la porte les trois femmes s’embrassent pour se dire au revoir. Dans la maigre lumière jaune de la cage d’escaliers Haniffa agite une dernière fois sa main, dévale les marches et disparaît comme un léger fantôme.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-145340669580490466?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/145340669580490466'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/145340669580490466'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/07/un-aprs-midi.html' title='Un après-midi'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-1984158728384894833</id><published>2008-04-20T04:20:00.000-07:00</published><updated>2008-04-20T04:21:41.783-07:00</updated><title type='text'>Les guetteurs du crépuscule</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Par un roulement gras suivi d’un claquement sec, les rideaux de fer obturant les devantures des magasins annoncent l’heure de fermeture. Le soir installe la fraîcheur de la mer. Délivrée de la pesante chaleur de la journée, l’avenue de la Bouzaréah redevient accueillante et retrouve ses fidèles. La rue revit peu à peu. Son bruissement s’étoffe. C’est samedi soir, le moment de l’office avec ses rituels immuables.  &lt;br /&gt;Le samedi soir offre un spectacle à chaque fois différent. Je scrute ma rue avec une application de vigie. Le front calé contre la rambarde du balcon  je suis au théâtre. Je domine cette circulation qui, malgré son apparence brouillonne, obéit à des codes précis. Les groupes se forment et décident de ce que sera la soirée. Une bande, joyeuse d’un rien, traine derrière elle une spirale de rire qui ricoche sur la façade des immeubles. Avec un peu de chance une algarade ou un différent bruyant viendra pimenter la soirée. Ce sera  le clou du spectacle, son apothéose. Chaque samedi j’espère et de toutes les façons si ce n’est pas aujourd’hui ce sera une autre fois. &lt;br /&gt;La clientèle des bistrots, à la recherche du moindre souffle d’air, déborde sur la chaussée. Cela forme un barrage que contourne le flot de ceux qui rentrent chez eux. Pour boire il faut atteindre le bar, mais pour discuter le trottoir offre un espace plus tempéré. Et puis dehors on dispose de la place nécessaire pour appuyer son discours de la gestuelle engendrée par notre vie en ce pays. La voix n’est plus seule à traduire la pensée. Les mains dessinent de rapides et souples arabesques et tout le corps s’applique à suivre le mouvement pour décrire, expliquer, convaincre ou répliquer. La conversation prend une autre allure, elle est mise en scène. Comme dans la commedia dell'arte, l’argument le plus simple se charge en intensité pour mieux captiver l’auditoire. Ces pantomimes complètent la compréhension du discours.&lt;br /&gt;Dans ce quartier les exodes de l’Europe, engendrées par la misère ou les conflits, arrivèrent en vagues successives pour  rencontrer le Maghreb. Face à la multiplicité des langues natales, des patois, des dialectes les mains se chargèrent d’une mission: Permettre à chacun de mieux se faire comprendre de tous.&lt;br /&gt;Je ne suis pas le seul à contempler la rue de mon balcon. Nombreux sont ceux qui, comme moi, prisent le tableau de ce début de soirée. Sous le prétexte de « prendre le frais » chacun s’installe à son poste d’observation préféré. Tous ces guetteurs assidus et passionnés regardent exister le peuple de Bab-El-Oued. On n’observe pas uniquement la rue. Après des heures d’étuve, pour respirer à nouveau les appartements ouvrent largement leurs fenêtres. Ce sont autant d’ouvertures d’où  s’évadent le son des radios ou la musique des pick-up, les odeurs de cuisine, les rires ou des éclats de voix. Ce curieux mélange  ruisselle dans la rue et enveloppe le cortège des badauds. En retour, comme un échange, la bruyante agitation des promeneurs s’envole vers les étages. Quand on porte son regard sur les immeubles alentours, par les croisées ouvertes, on dérobe des petits instants de vie. Toutes ces images volées, mises bout à bout, construisent le film de notre plaisir.  Ce n’est pas par voyeurisme malsain que nous contemplons toutes ces existences qui se frôlent, s’entrecroisent et  fusionnent. C’est pour le contentement d’observer la vie, d’observer notre vie. &lt;br /&gt;Dans quelques années, moi aussi je serai « en bas ». Je serai enfin un acteur. Je connais déjà mon rôle car j’ai vu mes ainés le jouer tant de fois.  J’aurai cet air faussement courroucé quand le retardataire rejoindra notre groupe. Je sais déjà comment je taperai sur le cadran de ma montre pour souligner son retard. Je prendrai un ton ironique et une attitude faussement admirative pour détailler les vêtements neufs qu’un ami mettra pour sortir. J’aurai l’application qu’il faut pour lire le programme des cinémas dans la rubrique spectacle de « L’Echo d’Alger ». Tout est prévu. Je conduirai un scooter car j’emprunterai celui de mon oncle. Je posséderai mon propre trousseau de clés de la maison. Ma grand-mère me glissera un peu d’argent dans ma poche et mes parents feront ceux qui n’ont rien vu. A l’instant où je passerai la porte de notre immeuble, ma mère me criera du balcon «Pierre-Emile, fais attention et ne rentre pas tard ! ». Bien sur mes collègues me charrieront sur cette attention maternelle tout en taisant le fait qu’ils ont eu la même en partant de chez eux. Avant de rejoindre le ciné, on passera voir Ortéga qui s’est foulé la cheville en descendant du tram et qui ne peut pas nous accompagner. Il habite un rez-de-chaussée rue Suffren. Nous nous agglutinerons devant sa fenêtre pour railler sa cheville bandée. Après le film, nous irons dans une petite gargote. Les moins fortunés d’entre nous affirmeront qu’ils n’ont pas faim. Pour combattre ce fier mensonge, nous déciderons de faire bourse commune. Les portions seront plus petites mais nous nous rattraperons sur les rires. Gavés de joie on rentrera à la maison en prévoyant de se voir demain à la plage.  Mais ce sera dans quelques années, vers 1968 ou 1969. J’aurai seize ou dix sept ans. Je ne crains rien, l’avenue ne disparaitra pas. Le soir sera toujours là accompagné de son indispensable fraicheur. Il me faut  simplement être patient.&lt;br /&gt;L’avenue n’a pas disparu, la fraicheur du soir demeure aussi agréable,  mais nous savons, vous et moi, qu’il en fut autrement. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-1984158728384894833?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1984158728384894833'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1984158728384894833'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/04/les-guetteurs-du-crpuscule.html' title='Les guetteurs du crépuscule'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-2814284986258773375</id><published>2008-04-04T11:50:00.000-07:00</published><updated>2008-04-04T11:54:18.019-07:00</updated><title type='text'>Deux instants</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Le pain chez Maresca.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;On  ne m’autorise plus à sortir seul à cause de la situation qui se dégrade à Bab-El-Oued. La population de la Placette Lelièvre s’est clairsemée. Du balcon de chez mes grands-parents, j’épie les jeux des rares groupes qui subsistent. Je m’amuse par procuration. Cette réclusion me pèse, alors je profite de chaque occasion pour être dans la rue. Ainsi, faire les courses, c’est grignoter un peu de liberté. Avec mon grand-père, nous allons chez Maresca acheter le pain. En sortant de l’immeuble, après l’obscurité de la cage d’escalier l’intense lumière du dehors m’éblouit. Nous descendons la rue Jean Jaurès en suivant le mur de la Placette surmonté de ses grilles de fer. Nous passons à l’aplomb du terrain de boule. On dépasse le salon de coiffure. Avant, je craignais d’entendre la phrase fatidique « Bientôt faudra aller chez Charlot». Cette sentence terrible signifiait qu’une grande partie de mon prochain jeudi après-midi serait amputée par l’attente dans cette boutique surchauffée. Maintenant  j’aimerai patienter dans ce salon tout en longueur juste pour le plaisir d’être avec un ou deux copains. Nous traversons le boulevard pour entrer chez Maresca. Derrière son comptoir, Solange nous sert notre pain. En sortant nous observons pendant quelques courtes minutes les manœuvres d’un hélicoptère au-dessus de l’hôpital Maillot. Nous reprenons notre chemin en sens inverse mais avec un peu plus de lenteur. Je chemine à hauteur de mon grand-père. Il pose sa main sur mon épaule pour modérer mon allure. Ses bronches sifflent à chaque inspiration. C’est un souvenir du temps ou, quand il était soldat, en 1920, il passa deux rudes hivers d’occupation en Allemagne. Nous marquons plusieurs haltes pour discuter avec ses amis du quartier. Ce sont autant de répits qui me sont offerts. Nous sommes arrivés. Il me faut abandonner ma rue et rentrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Des plaisirs.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;A la plage, je reste « à la baille » plus que de raison. Le jeu me fait perdre la notion de temps. Il faut une injonction sévère de mes parents pour que je rejoigne le rivage.  Malgré la chaleur ambiante et l’agréable température de la mer je sors de l’eau tremblant de froid. Mes lèvres sont bleuâtres. « Allez, dit ma mère, il est midi tu te sèches on va bientôt manger ». Alors, c’est l’instant du premier plaisir. Je choisis une belle portion de sable inoccupée. Tout transi, je me roule lentement dans le sable chaud et doux. On ne peut faire cela que lorsque l’on est enfant. C’est une satisfaction interdite aux adultes. Me voilà enveloppé d’une chaude caresse. Mon corps se réchauffe. La déplaisante sensation de froid recule brusquement laissant place à une suave impression de bien-être. Mais, attention, au choix de la bande de sable ! Trop éloignée du rivage elle sera brûlante, trop proche elle sera inefficace. Toute est une question d’appréciation.&lt;br /&gt;L’autre plaisir, après m’être réchauffé, c’est de calmer ma faim. A l’ombre du parasol, bien protégé de la chaleur, je fouille dans le couffin réservé au casse-croûte. Je déplie le torchon blanc qui protège les cocas. Pour se rassasier, peut-on espérer plus grand bonheur que de croquer dans ce demi-cercle dodu de pâte dorée au four ? Qu’importe la garniture, soubressade, légumes, ou fritanga, le régal demeure le même. Il faut mordre soigneusement pour détacher la juste bouchée, une main placée en dessous pour récupérer ce qui pourrait chuter. Il n’est pas concevable de perdre une seule miette. La première coca calme la faim, la gourmandise justifie la seconde, la troisième reculera forcément l’heure de la reprise de la baignade, mais qu’importe. Quel festin !     &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-2814284986258773375?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/2814284986258773375'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/2814284986258773375'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/04/deux-instants.html' title='Deux instants'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-1712102120447989536</id><published>2008-03-30T11:43:00.001-07:00</published><updated>2008-04-09T10:27:42.010-07:00</updated><title type='text'>Le 26 mars 1962 – Rue D’Isly</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Une incontestable ardeur fraternelle les porte. Ils avancent dignes et simples. Ils ne craignent rien car ils brandissent le plus admirable et le plus vigoureux des symboles : Le drapeau de leur pays. Aucune agressivité ne filtre de cette lente et longue progression. Femmes, enfants et hommes mêlés se contentent d’exprimer une louable volonté, celle de secourir un quartier de leur ville à cet instant ceinturé par la force. Ils forment une foule profondément humaine, avec comme unique arme le désir de rompre un blocus inutile et inhumain. Seul un dément pourrait penser qu’ils représentent une quelconque menace dont il faudrait se défier.&lt;br /&gt;Ils avancent vers leur destin avec toute la sérénité de ceux qui œuvrent pour le bien. Ils marchent en chantant les chants du peuple auquel ils appartiennent. Ces chants appris dans leurs écoles. Ces écoles qui ont formé ceux qui les ont précédés et dont la mort de certains fut comptabilisée sur tous les champs de bataille de la nation. La confiance et la détermination cheminent à leurs cotés. Ils se veulent inoffensifs pour mieux réussir leur entreprise. Ce sont des libérateurs aux mains vides de toute arme. Le but qu’ils se fixent et aussi simple que leurs intentions sont pacifiques. Ouvrir une brèche dans un mur de désespoir.&lt;br /&gt;Ils avancent dans une des plus belles avenues de leur ville. Un homme se baisse et prend sa fille dans ses bras il l’assure sur son bras gauche et enlace sa jeune femme du droit. Ils avancent, déjà perdus, déjà condamnés. Ils ne s’en doutent même pas. Ils chantent. A cet instant, ils existent parfaitement, sans restriction, lumineux et vivants. Cette marche est un geste d’amour absolu. Ils l’offrent à tous ceux vers qui ils convergent et dont ils souhaitent la liberté.&lt;br /&gt;Soudain les tirs des armes automatiques les fauchent. Ils tombent comme tombent les innocents, incrédules et surpris, victimes absurdes d’un ahurissant carnage. Ils tombent comme tombent tous les justes que la barbarie du hasard désigne à la mort. Ils tombent sans savoir qu’ils tombent, sans le dernier regard qui encourage ou la dernière parole qui apaise. Ils tombent et tombent encore. Tout se fige. Ils ne chantent plus. Ils hurlent. Ils agonisent. Ils meurent. Les drapeaux tricolores qu’ils agitaient, les hymnes patriotiques qu’ils lançaient au vent furent des talismans inefficaces. Ce 26 mars la mort fit des belles et bonnes affaires. Pas de chicane avec celui qui doit partir. Pas besoin de lutter contre le médecin ou la religion. Une fructueuse moisson obtenue sans le moindre effort.&lt;br /&gt;Pourquoi, dans ce printemps méditerranéen, ce presque été, les Dieux détournèrent-ils leurs regards de la rue d’Isly ? Notre communauté n’avait nul besoin de martyrs supplémentaires, elle n’en avait déjà que trop.&lt;br /&gt;« Mon lieutenant, je vous en supplie, criez halte au feu ! ». Avec cette imploration rugueuse comme un sanglot, hurlée dans son micro, le reporter témoin de la scène illustrera l’une des plus abominables boucheries de l’Histoire du vingtième siècle, de l’Algérie et de la France.&lt;br /&gt;Notre souvenir, aussi longtemps qu’il perdurera, donnera à nos victimes de la rue d’Isly le plus beau titre qu’il soit : « Morts pour la Fraternité ». Cette permanence dans notre mémoire leur évitera aussi la chute impudique dans la fosse commune des statistiques de l’Histoire.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-1712102120447989536?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1712102120447989536'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/1712102120447989536'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/03/le-26-mars-1962-rue-disly.html' title='Le 26 mars 1962 – Rue D’Isly'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-7318930471404923773</id><published>2008-02-20T00:43:00.000-08:00</published><updated>2008-02-20T00:44:00.043-08:00</updated><title type='text'>Le dernier d'entre-nous</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Quand le dernier d’entre-nous partira, les mémoires partisanes se souviendront uniquement de ce qu’elles jugeront nécessaire aux thèses qu’elles soutiennent, aux arguments qu’elles défendent, aux sentiments qu’elles affichent. Nous serons utilisés comme des ombres indispensables au trompe-l’œil des décors dans lesquels nos vies passées, nos espoirs,  nos réussites et nos erreurs seront mis en scène. On nous attribuera un rôle sympathique ou  détestable suivant le personnage qu’on voudra bien nous faire jouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand le dernier d’entre-nous partira, plus aucune voix ne portera notre sentiment de vérité  sur notre vie en ce bout de terre d’Afrique où la volonté du destin conduisit nos aïeux. Le chemin sera fait. Notre malheur engendré par de fracassantes et hypocrites déclarations se figera à jamais dans notre silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand le dernier d’entre nous partira, ceux auprès de qui nous avons trouvé écoute, aide et compassion et qui allèrent jusqu’au sacrifice suprême, verront aussi pâlir puis disparaître le souvenir de leur fraternel et extrême engagement. Ce sera pour eux une injuste seconde mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand le dernier d’entre nous partira, ceux pour qui nous incarnions le malheur qui les frappe seront surpris de constater que celui-ci ne disparaît pas avec nous. Si leur courage les autorise à regarder le malheur en face, ils constateront que son visage n’offre pas la moindre ressemblance avec les nôtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand le dernier d’entre-nous partira, le soleil marquera le zénith comme à son habitude.  Les vagues n’arrêteront pas un seul instant de caresser le sable de la plage. Le Siroco s’obstinera à porter la chaude haleine du sud. Cela n’empêchera même pas la chute d’une aiguille de pin dans notre forêt méditerranéenne. Nous ne nous en offusquerons pas. Nous n’avons pas l’outrecuidance de penser que nous intéressons les Dieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand le dernier d’entre nous rejoindra que ce soit dans la glaciale obscurité du néant ou dans l’éblouissante et chaude clarté d’un paradis, nous lui ménagerons une place dans notre grand cercle afin qu’en rassemblant tous nos souvenirs, nous puissions continuer encore et encore à vivre et à faire vivre  notre Algérie. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-7318930471404923773?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/7318930471404923773'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/7318930471404923773'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/02/le-dernier-dentre-nous.html' title='Le dernier d&apos;entre-nous'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-3256607173939227247</id><published>2008-02-05T02:06:00.000-08:00</published><updated>2008-02-16T11:36:47.885-08:00</updated><title type='text'>Le petit arabe.</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Depuis le début des vacances d’été mes parents louent une partie d’un cabanon à la Trappe. Ils y viennent le soir et chaque fin de semaine. Le reste du temps j’y suis seul sous l’autorité bienveillante de ma grand-mère.&lt;br /&gt;Je vis en permanence au paradis. Toutes mes journées débordent de liberté. Elles se partagent entre la baignade, la pêche, les jeux dans les bosquets situés en haut de la zone occupée par les cabanons et limitée par le haut mur du « Club des Pins ». A vivre ainsi totalement en plein air et sous le soleil ma peau s’est noircie. Cet extrême bronzage a exacerbé les spécificités de mes origines espagnole et mahonnaise.&lt;br /&gt;Ce samedi après-midi, après avoir respecté le sacro-saint temps de la digestion, ce sera baignades avec mes parents. Alors qu’eux se dirigent vers la plage, chargés du parasol, des serviettes et autres rabanes, moi je file vers cette zone de rochers plats qui affleurent la surface de l’eau. Là, dans les cavités comblées par la mer, il est facile de capturer à la main un cabot, une fine girelle multicolore ou une crevette translucide. Je dépose mes prises minuscules dans un petit seau de plage dont la rouille dévore les clowns qui le décorent.&lt;br /&gt;C’est l’heure où les baigneurs arrivent. De mon terrain de chasse j’aperçois mes parents qui s’installent. Près d’eux une dame et une petite fille font de même. La dame parle avec maman. Mon père prépare ses palmes, son masque et son tuba. C’est le signal, la digestion s’achève. On peut aller à la « baille ». Il est temps de cesser ma pêche. Dans mon seau, trois cabots tournent en rond. Pour regagner l’endroit où sont mes parents, je croise la route de cette petite fille qui doit avoir mon âge. Elle jette un regard dans mon seau et s’exclame « Ho ! des goujons ! » . Elle a un drôle d’accent pointu. L’an dernier, toujours pendant les vacances, j’étais à Amélie-les-Bains, en métropole, avec mes grands-parents qui y faisaient une cure. Leurs amis de Paris avaient ce même accent. Je pose mon seau dans la sable et nous nous accroupissons pour observer mes prises. Je rectifie «C’est pas des goujons, c’est des cabots ! ». La petite fille n’a pas le temps de me répondre. Sa mère lui intime sèchement de revenir près d’elle. La gamine obéit et fait volte-face. Quand elle arrive à hauteur de sa maman celle-ci la saisit par le bras et lui déclare, elle aussi avec un accent pointu : « Je t’interdis de jouer avec ce petit arabe ! ». Elle l’a dit si fort que je l’ai entendu et mes parents aussi.&lt;br /&gt;Je suis surpris par la réaction de cette adulte qui refuse à sa fille la possibilité de jouer avec un arabe. Moi, les arabes je m’amuse avec eux dans la rue, la cour de récréation ou à la placette Lelièvre. Je ne suis pas le seul et il n’y a pas d’interdiction. Confronté à cette attitude surprenante, je me sens coupable comme après avoir fait une bêtise mais laquelle ? Mon seau repose sur le sable. Pour me donner une contenance, je l’empoigne, cours vers la mer pour le vider et libérer mes trois poissons.&lt;br /&gt;Mon père se lève. Très calmement, très distinctement, avec sa voix forte il m’appelle « Pierre-Emile, viens ici ! ». Immédiatement la dame s’enferme dans un silence embarrassé. Craint-elle que le fait de m’avoir confondu avec un arabe ne nous irrite et déclenche une altercation ? Comme rien ne se passe, la surprise s’ajoute à sa confusion. Je rejoins mes parents que cette gêne amuse.&lt;br /&gt;Il y a un moment de vide puis, mon père se dresse d’un bon. J’attendais cet instant. Je connais le jeu et son scénario rituel. Il me soulève, me prend sous son bras, pénètre dans l’eau en courant à grandes enjambées puis me jette dans les vagues. Je pousse le cri d’effroi réglementaire. C’est ensuite une grande bataille d’éclaboussures. Rapidement l’amusement gomme l’incident, mais cet épisode se colle dans un coin de ma mémoire.&lt;br /&gt;Bien plus tard, dans mon esprit, cette scène illustrera, une des causes de notre douloureuse séparation d’avec ce pays. Ceux-la même qui, sans nous connaître totalement, nous reprochaient de maintenir des différences entre les communautés présentes en Algérie s’autorisaient à pratiquer de réelles discriminations.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-3256607173939227247?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3256607173939227247'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3256607173939227247'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/02/le-petit-arabe.html' title='Le petit arabe.'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-5214742389577182830</id><published>2008-01-27T01:07:00.000-08:00</published><updated>2008-01-27T01:09:16.192-08:00</updated><title type='text'>Amidou</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Au marché de Bab-El-oued, il faut dépasser l’antre de Blanchette et obliquer vers la droite pour atteindre le magnifique étal d’Amidou. Pour moi, c’est l’endroit le plus intéressant du marché. Quoi de plus beau, pour un enfant de huit ou neuf ans que ce bazar en plein air. Amidou œuvre sous un grand parasol sombre, presque noir. Perché sur une caisse en bois, il trône au centre de son commerce. Il se ménage un étroit passage afin de pouvoir quitter sa citadelle et circuler autour de son royaume pour monter le fonctionnement d’un article ou rectifier l’agencement de sa marchandise. Son étal, savamment organisé, offre une profusion d’ustensiles et d’objets que l’on peut, sans contrainte aucune, regarder, examiner, palper.&lt;br /&gt;Les râpes à fromage, les lacets, les bouchons, les filets à provisions, les multiples couteaux et autres éplucheurs de légumes, les boites de cirage, les décapsuleurs, les tire-bouchons, les cubes de savons, les grosses boite d’allumettes, les martinets aux lanières de cuir inquiétantes, les petits outils, les moulins à café, les égouttoirs en métal brillant ou en plastique coloré, les cuillers de bois, les couffins, les couscoussiers, les gamelles « à étages » pour manger à l’atelier ou au chantier, les récipients de toutes sortes forment des zones où il est obligatoire de fouiner pour trouver ce que l’on cherche. Il vend même de l’élastique carré qui me fait baver d’envie. Cet élastique indispensable à la fabrication d’un lance-pierre. Pour l’instant, inutile de rêver. Ni ma grand-mère ni personne d’autre de la famille ne contribuera à la confection d’un « taouette » digne de ce nom. Trop dangereux un lance-pierre, ça ne fait que crever les yeux des autres enfants !&lt;br /&gt;« Chez Amidou on trouve de tout ». Ce cri, Amidou le lance à intervalle régulier pour éveiller l’intérêt du flot qui circule autour de son commerce. C’est sa marque de fabrique. En vrai bateleur il captive son public de la voix et du geste. Seul Mezrar, avec sa jambe de bois et qui vend de la mercerie à une autre place du marché, peut tenter de rivaliser avec lui pour attirer et retenir le client.&lt;br /&gt;Amidou ne se contente pas de signaler l’excellence de  sa marchandise comme le font les vendeurs de légumes ou de poissons. Non, il vous félicitera pour l’acquisition d’une nouvelle râpe à gruyère qui modifiera votre vie et celle de votre famille.  Il s’active, va de l’un à l’autre et vante sans relâche les qualités de ses produits. L’argent des ventes est avalé par un petit coffret de fer dont il laisse retomber le couvercle produisant un bruit sec qui rythme la cadence des achats.&lt;br /&gt;Mais, à mes yeux, ce sont les longues baleines de sa gigantesque ombrelle qui supportent les trésors les plus inestimables. A chaque armature tendant la toile pendouillent de modestes jouets. Ils sont suspendus à un crochet, retenus par  un fil de fer ou tassés dans des filets. Cordes à sauter avec des poignées de bois décorées de cercles de couleurs. Poupées et baigneurs aux sourires figés et aux bras tendus. Ballons de toutes tailles pour le foot ou les jeux de plages. Toupies de bois  et, pour les petits, toupies ronflantes métalliques aux flans arrondis et garnis de sujets enfantins. Voitures à friction ou à clé aux personnages dessinés sur les vitres et le pare-brise. Sacs de billes en terre ou en verre, osselets (quatre gris et un rouge) dans leurs boites en plastique transparent. Bâtons de pâte à modeler enveloppés et scellé dans du rhodoïd cristal. Harmonicas rudimentaires dont la peinture rouge ou bleue déteint parfois sur les lèvres. Révolvers de cow-boy vendus avec un ou deux rouleaux de pétards que l’on range dans le barillet. La sèche détonation s’accompagne d’une légère fumée grise à l’odeur piquante. Pour les moins sophistiqués, des pistolets noirs en métal embouti, on glisse l’amorce en forme de confettis avec une charge de poudre en son centre, directement dans le logement recevant le percuteur. Depuis quelques temps une nouveauté vient se rajouter. Ce sont les Houla Hoop, grands cercles rigides en plastique, que les filles font danser autour de la taille.&lt;br /&gt;Depuis plusieurs minutes, je guigne un magnifique petit pistolet à flèche fixé au centre d’un carton rectangulaire décoré de scènes du Far-West aux couleurs agressives. A  gauche, un cow-boy, en grande tenue cabre son cheval. A droite, retenues par de petits élastiques, trois flèches de bois avec des embouts de caoutchouc rouge. Au dessus un bison cerné par des indiens porte une cible dessiné sur le flanc. Je n’ai pas du me battre longtemps pour convaincre ma grand-mère de m’acheter cette merveille. J’ai simplement promis de ne pas amener cette « arme » à la placette. « Et oui, m’affirme-t-elle, si l’embout de caoutchouc s’enlève on peut crever l’œil d’un enfant ! » Toujours ce foutu œil crevé…A croire que Bab-El-Oued est la capitale des gamins borgnes !&lt;br /&gt; « Chez Amidou on trouve de tout », l’appel nous suit alors que nous quittons son royaume. Le reste des achats me semble long. Même la dernière halte chez « Rouget », pour prendre des sardines ne me réjouit pas. D’habitude l’examen des différentes sortes de poissons alignés, bouches ouvertes, sur l’étal me captive. Aujourd’hui c’est l’ultime station de mon chemin de croix. J’ai hâte d’être à la maison pour déballer précautionneusement mon pistolet et commencer mon entrainement de chasseur de bisons.   &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-5214742389577182830?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5214742389577182830'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5214742389577182830'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/01/amidou.html' title='Amidou'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-8046103625845625461</id><published>2008-01-11T12:07:00.000-08:00</published><updated>2008-01-11T12:13:43.557-08:00</updated><title type='text'>Rentrer à la nuit</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Avec mes parents, il nous arrive de rentrer un peu tard de chez mes grands-parents paternels. Ils habitent au 5 rue Jean-Jaures à coté de la placette Lelièvre et il nous faut aller au 51 avenue de la Bouzaréah. Le plus terrible c’est de traverser la rue du marché toute vide et toute sombre. Le dernier brin de lumière c’est souvent le magasin de Khader. Deux ou trois personnes préparent les volailles qui seront vendues demain. Ils sont assis sur de hauts tabourets avec des grands tabliers. Ils plument les poules et les poulets et du duvet vole tout autour d’eux. Parfois on fait une halte pour passer une commande. Khader note ce qu’il nous faut dans un petit carnet qu’il range dans la poche de poitrine de sa salopette bleue. Je repars toujours avec une ou deux grandes plumes soyeuses.&lt;br /&gt;Apres c’est la nuit, ou presque. Je tiens bien fermement la main de mon père et celle de ma mère. Quand il fait encore jour, il faut me rappeler à l’ordre car je cours devant essayant de trouver quelque chose afin de shooter dedans. Parfois, quand j’ai de la chance, le bâtiment de la pêcherie est ouvert. Je le traverse en courant pour le seul plaisir d’entendre raisonner mes pas sous la voûte. Mais le soir, très tard, je m’abstiens de divaguer. Je suis bien encadré par mes parents. C’est comme un rempart. Je surveille quand même les alentours. Les pistoleros mexicains, les tuniques rouges, les outlaws, tous ces bandits qui compliquent à plaisir la vie de mes héros de bandes dessinées. A l’époque on ne disait pas bandes dessinées mais « un petit livre ». Ces petits formats, en noir et blanc, imprimés sur un mauvais papier devenaient les passagers clandestins de nos cartables car nous nous les échangions dans la cour de récréation ou sur la placette après l’heure de la sortie. Pendant les vacances, quand il pleuvait ou quand la chaleur nous détournait du foot ou des interminables parties de « délivrance », on s’installait sous le kiosque, chacun apportait deux ou trois de ces modestes ouvrages et on se délectait des aventures de nos héros: Blek le Roc – Trappeur luttant contre les anglais avec l’aide du professeur Occultis et de Roddy ou Miki le Ranger du Texas avec ses compagnons : -Double-Rhum et le docteur Saignée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les bandits peuvent, à tout instant, déboucher de la pêcherie ou surgir de derrière les étals démontés et plaqués contre les murs. Dans l’ombre, ces armatures de bois ressemblent à de sinistres potences. Tout est bien trop calme. C’est un marché fantôme. Autour de nous le silence est percé par le bruit des talons de maman sur les pavés. Mes parents ne sont pas conscients du danger. Ils discutent comme si de rien n’était. La petite construction où l’on vend les beignets italiens est déjà visible dans la clarté des Trois Horloges. C’est comme un fortin dans la grande plaine du Far West. Nous y sommes. Une fois de plus les Apaches renégats, les pilleurs de banques et autres déserteurs de la cavalerie se sont tenus tranquilles. Ils n’ont pas osé affronter mon père qui est grand. Ils ont du se douter que, malgré sa taille légèrement plus petite, ma mère avait son caractère et que le combat serait rude. Ma fidèle escorte a dissuadé toute velléité d’une lâche embuscade. Nous sommes aux trois horloges. Je peux galoper devant. Je dépasse le poste de secours (la pharmacie) et le saloon où les cow-boys, après une dure journée à rassembler les troupeaux, boivent leurs anisettes du soir. Je fais quand même une halte devant l’entrée de notre immeuble. Courageux, mais pas téméraire, j’attends que mes parents me rejoignent. Notre petite entrée s’est métamorphosée en un énorme gouffre noir et je ne serai pas étonné que quelques desperados soient tapis dans l’ombre à mijoter un mauvais coup. Mes parents me précèdent, trouvent l’interrupteur. La minuterie se déclenche, la lumière jaillit mais ça ne va pas durer éternellement. Je m’élance dans la cage d’escalier au triple galop en frappant ma hanche pour stimuler mon cheval imaginaire. Pour bien souligner le suspens qui s’installe je chantonne un air de circonstance. Je débouche sur le pallier du quatrième étage. « Ho ! » dis-je en tirant les rennes de mon pur-sang. Je frappe. Ma grand-mère ouvre. Je lui demande de laisser les portes du fort ouvertes pour mon escorte. Plus exactement je lui dis que papa et maman sont dans les escaliers. Encore une mission réussie ! C’est bon de se faire un peu peur&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-8046103625845625461?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8046103625845625461'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8046103625845625461'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2008/01/rentrer-la-nuit.html' title='Rentrer à la nuit'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6353250288454620407</id><published>2007-12-23T02:36:00.000-08:00</published><updated>2007-12-23T02:37:39.825-08:00</updated><title type='text'>Le cerceau</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;A Bab-El-Oued, le jeu du cerceau ne se calque pas sur les images d’Epinal qui le représente comme une sage activité, pratiquée par des enfants modèles, vêtus comme des mannequins, dans des jardins publiques et des squares tirés au cordeau sous la vigilance d’une bonne d’enfant. Pour nous, enfants de ce quartier, c’est un amusement de la rue. Il  consiste, à diriger un cerceau l’aide d’une fine tige de fer dont l’une des extrémités est tordue  à angle droit. Voilà un plaisir totalement gratuit car, nos bolides sont, généralement,  de vieilles jantes de vélo auxquelles nous supprimons les rayons afin de ne conserver que le cercle d’acier. A l’aide d’un caillou ou d’un marteau emprunté dans quelque caisse à outils familiale nous redressons l’épave tant bien que mal. Nous connaissons et apprécions l’inestimable plaisir de concevoir nos jouets. De générations en générations la technique se transmet, la pratique se perpétue, les règles évoluent et l’activité prend, peu à peu, le profil d’une tradition. &lt;br /&gt;Notre divertissement a plusieurs variantes, mais principalement nous nous livrons à une course poursuite. L’un de nous prend la tête du groupe et le défi consiste à le suivre en passant exactement là ou il est passé. Si le cerceau perd son équilibre ou si l’obstacle n’est pas vaincu, il faut se placer à la fin de la file. La compétition peut se concevoir avec ou sans dépassement des autres concurrents. Il faut simplement que ce point de règlement soit précisé au départ. Les voies en pente qui filent vers la mer offrent des circuits de course particulièrement adaptés. &lt;br /&gt;Par groupe de quatre ou cinq nous nous affrontons dans des parcours que nous décorons d’effets  particulièrement sonores. Au bruit de ferraille aigrelette de nos roues nous ajoutons nos propres bruitages qui plantent le décor où notre imagination évolue. A pleins poumons nous sommes, suivant notre envie, une voiture de course ou bien « une moto de police » avec toute la gamme des accélérations et des freins. S’ajoutent  à cette pluie de décibels les chamailleries, les explications et les réclamations dues aux chutes du cerceau ou à la place à intégrer dans la file. Nous essuyons souvent les remontrances des adultes qui s’exaspèrent de nos fréquents passages sous leurs fenêtres ou leurs balcons. Les terrasses des cafés où nos anciens savourent leurs parties de cartes, demeurent les étapes les plus délicates à franchir. Là, notre vacarme perturbe le calme indispensable à la concentration des joueurs  et nous récoltons quelques noms d’oiseaux  couplés à des menaces de châtiments soulignés par des simulacres de gifles, des moulinets de bras et des agitations de cannes. C’est par pure bravade mais sans méchanceté aucune  que nous traversons ces « zones dangereuses ». Nous sommes mus par l’éternel besoin qu’ont tous les enfants de ressentir le voluptueux frisson du risque.&lt;br /&gt;Aujourd’hui, comme à notre habitude, nous sommes dispersés sur les marches de la placette Lelièvre qui font face à la rue de Chateaudun. Un de nous arrive avec une « roue » particulière. Elle diffère considérablement de nos pauvres et ridicules débris de bicyclette. C’est un cercle d’acier bien plus grand, plus large, plus lourd et rigoureusement plus plat que les nôtres. Il possède une stabilité sans comparaison avec nos jantes plus ou moins voilées. D’après notre copain, c’est un cercle récupéré sur le couvercle d’une barrique. Cercle de barrique ou non, nous observons avec un mélange d’admiration et d’envie cette bête de compétition. L’heureux possesseur de ce trésor souhaite nous prouver la puissance de son bolide. Il se propose de partir en bas des marches, de remonter la rue Jean-Jaurès jusqu'à l’angle en face de chez Coco et Riri, de tourner sur la droite, de suivre le trottoir pour rejoindre  l’ouverture donnant sur la placette, de traverser cette dernière et de finir son circuit en dévalant les escaliers afin de rallier son point de départ. La dernière portion de course est particulièrement délicate. Descendre des marches exige une rare maîtrise de l’art du cerceau. Voilà notre champion parti. Il remonte la rue à bonne allure, poussant sa roue devant lui. La négociation du virage à droite est parfaitement maîtrisée. L’entrée sur la placette est royale et la traversée de l’esplanade de jeu un sans faute. Nous sommes tous debout et en retrait  afin de ne pas gêner le compétiteur qui arrive et se prépare à dévaler les marches. Il se décale un peu sur la droite de son appareil pour mieux contrôler  la descente. Le cercle de barrique mord sur la première marche. Parfaitement domestiqué par son conducteur il ignore les difficultés causées par le franchissement des angles successifs. Après une dizaine de rebonds c’est de nouveau le trottoir. Le circuit est achevé. L’heureux propriétaire de ce cerceau de luxe stoppe sa course et se retourne vers nous. Sa démonstration concluante l’autorise à un regard triomphant. Demain, tout le monde se consacrera à la chasse au cercle de barrique pour lutter à armes égales avec lui …&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6353250288454620407?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6353250288454620407'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6353250288454620407'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/12/le-cerceau.html' title='Le cerceau'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-4872230866449627805</id><published>2007-12-17T09:38:00.001-08:00</published><updated>2007-12-17T09:38:38.021-08:00</updated><title type='text'>La loubia</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Mes parents sont partis à une répétition de la chorale Jean-Claude. Ce soir je mange seul avec ma grand-mère Ascencion. Depuis le début de l’après-midi elle s’affaire dans sa cuisine, mais j’ai déjà deviné ce que nous allons manger car, hier  je l’ai vu mettre les gros haricots blancs à tremper. En plus, tout à l’heure, j’ai entendu le bruit du pilon dans le mortier de bois pour écraser l’ail, le kemoun, le poivre rouge et le clou de girofle. Les odeurs de cuisson qui filtrent sous la porte fermée du royaume de ma grand-mère confirment mon pronostic. Elle fait de la Loubia. Je me régale par avance et, pour oublier le temps, je me plonge dans les aventures dessinées de Miki le Ranger du Texas.&lt;br /&gt;-« C’est prêt, mets la table ! » a dit mémé à travers la porte.  J’ai lâchement abandonné Miki et j’ai mis le couvert. Hypocritement, j’ai demandé : « qu’est-ce qu’il y à manger ? » Elle allait me répondre quand on a sonné à la porte. C’est mon oncle, son fils, le frère de ma mère. Au dessus de tous ces titres c’est surtout mon complice. Il me ballade sur sa vespa, il m’emmène pécher au port, sur les blocs, il me traîne chez Quesada le garagiste et parfois on va voir ses copines, mais ça je ne dois pas en parler. Avec lui je n’ai pas neuf ans : je suis un grand. Il travaille de nuit à l’Echo d’Alger, à l’imprimerie de journal. Il est linotypiste&lt;br /&gt;-« Maman, ça sent bon ! Tu as fait de  la loubia ?  Je m’invite ! » Il passe ses bras autour des épaules de ma grand-mère et l’embrasse doucement. Bien sûr qu’il peut s’inviter, mémé cuisine toujours pour cinquante. Alors que j’allais prendre une troisième assiette, mon oncle m’a stoppé.   –«Pierre-Emile, Mets des bols !  la loubia ça ce mange dans des bols, comme chez Maklouf. » C’est mon oncle tout craché il met de la fantaisie partout. Le faitout fumant est posé sur grosse assiette renversée qui sert de dessous de plat. Ma grand-mère nous sert pendant que mon oncle m’explique que Maklouf c’est un restaurant ou plutôt une gargote, ou l’on sert la meilleure loubia d’Alger. Il promet de m’y emmener un jour. Je ne comprends pas très bien ce qu’est une gargote, mais je lâche un « oui » enthousiaste. Je déguste ma loubia dans mon bol. C’est vrai que c’est meilleur, différent et plus pratique. La couleur est plus rouge. On peut bien caler les gros haricots contre la paroi du bol et les faire basculer dans la cuillère. Je trouve que le fumet du plat est plus concentré. La bonne odeur du kemoun monte comme d’une cheminée. En douce, quand ma grand-mère part dans la cuisine, mon oncle parsème ma ration de quelques gouttes d’huile « felfel ». C’est un délice supplémentaire de sentir sur ma langue et contre le palais les attaques rugueuses du piment. Je m’étouffe un peu, mon oncle rit et me fait un « tape cinq ». Je suis heureux devant mon bol, avec mes yeux qui pleurent, la bouche en feu et ce fou rire qui nous secoue.  Mémé revient et devine ce qui se passe. « Qui c’est le plus petit des deux ? » demande-t-elle à mon oncle en essayant de faire celle qui est en colère. On rit tous les trois.&lt;br /&gt;Le repas fini, mon oncle s’est levé, ma grand-mère l’a imité. – « elle était  "taïba" ta loubia » a-t-il dit à mémé. Elle a un peu baissé la tête, elle a fait sa modeste, mais moi je sais qu’elle adore qu’on la complimente sur sa cuisine. Mon oncle nous a dit au revoir et s’est engouffré dans l’escalier. Je suis vite allé au balcon de la salle de séjour qui donne sur l’avenue de la Bouzaréah. Je crie « Tonton ! » et j’agite le bras. Il monte sur son scooter.  Il me rend mon salut et part à son travail.&lt;br /&gt;Je ne suis jamais allé manger la loubia chez Maklouf, la vie (et ce que les hommes en font) en  a décidé autrement. Cinquante ans après, quand je repense à cette soirée, je me dis que c’est tous ces instants de bonheur simple qui m’ont construit. J’en suis redevable à tous ceux qui les ont mis en œuvre. Leur souvenir est tatoué dans mon cœur et dans mon âme. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-4872230866449627805?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/4872230866449627805'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/4872230866449627805'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/12/la-loubia.html' title='La loubia'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6374944744952011881</id><published>2007-11-25T11:48:00.000-08:00</published><updated>2007-11-25T11:49:23.106-08:00</updated><title type='text'>Dernier jour</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;C’est la fin de l’année scolaire. Le dernier jour de classe à l’école Lelièvre. Hier, en fin d’après-midi, la maîtresse a choisi un livre dans sa petite bibliothèque à gauche de son bureau, entre l’estrade et le mur. Elle a lu deux histoires qui parlaient du moyen-âge. Ca sent les vacances. Demain, les bons élèves grimperont sur l’estrade pour la cérémonie de la remise des prix. &lt;br /&gt;Ce matin, en arrivant en classe, l’institutrice n’a pas inscrit la traditionnelle phrase de morale au tableau. Nous nous sommes assis et elle nous a dit de sortir tous nos livres de nos casiers et de les poser devant nous. Nous devons enlever les couvertures salies et aller à son bureau à l’appel de notre nom. Elle examine chaque volume un par un et coche sur sa liste. Quand des pages sont griffonnées il faut retourner à sa place et bien tout gommer !  Quand elle constate que le livre est propre on le pose bien correctement sur l’estrade. Un tas pour la lecture, un tas le calcul… etc. Nous avons consacré toute la matinée et le début de l’après-midi à ce travail. Avant de sortir en  récréation  la maîtresse a dit : « Pour ceux qui ont perdu  ou abîmé un ouvrage il y aura une lettre aux parents afin qu’ils remboursent » Elle énonce la sentence tout en désignant  une petite pile de livres martyrisés qui ont rendu l’âme et gisent à l’écart des autres. &lt;br /&gt;Après une récréation d’après-midi plus longue qu’à l’habitude, elle nous fait mettre en rang et, comme à chaque fois,  tout en ouvrant la salle de classe, elle dit, « A vos places et sans bruit ! ». Malgré l’ordre de garder le silence, les premiers entrants poussent un cri de surprise. Derrière, dans les rangs, ça bouscule un peu pour savoir ce qui ce passe. Sur certains bureaux est posé un objet. Ce sont des affaires confisquées tout au long de l’année scolaire. Giner retrouve son petit couteau pliant rouge. Ce fut la première prise de l’année. Le jour de la rentrée,  Giner avait sa belle trousse à trois volets  ouverte devant lui. L'enseignante passait dans les rangs et elle a repéré le couteau bien rangé dans son passant à coté des crayons de couleurs. Elle l’a pris, l’a montré en le tenant en l’air et a déclaré. « Aujourd’hui, je confisque, mais sans punition. Demain, si dans une trousse je vois ce genre d’outil, une lame de rasoir ou une lame de taille-crayon dévissée de son support c’est cinquante lignes à signer par les parents ». Nous avons tenu compte de son avertissement. Farid récupère son superbe lance-pierre avec une fourche en bois bien régulière, de l’élastique carré et un solide morceau de cuir pour tenir les projectiles. Sur la poignée, l’écorce est intacte pour assurer une meilleure prise. Farid le portait autour du cou, caché sous sa chemise mais l’institutrice s’en était quand même aperçue. Cette restitution inattendue rappelle à Farid que son grand frère, à qui appartenait l’engin, lui a fichu une sacrée tannée quand il a su que son magnifique « taouette » était perdu corps et bien. Farid affiche sa joie et sa reconnaissance par un « Merci Mademoiselle, ça c’est bien ! » qui lui jaillit du cœur. La maîtresse fait celle qui n’a pas entendu cette manière  peu orthodoxe de l’interpeller.  De table en table nous exhibons nos trophées. Pour ma part je retrouve un petit pistolet noir en tôle emboutie qui éclate des amorces rondes au moyen d’une gâchette argentée. Certains, encouragés par l’ambiance générale, commentent l’événement. Pour calmer le brouhaha naissant l’institutrice frappe trois petits coups secs sur son bureau avec le plat de sa règle. « Vous attendrez d’être dehors pour bavarder. Rangez-moi tout ça dans vos cartables ou je confisque à nouveau ! ». Le calme revient. Nous faisons tout disparaître dans nos sacoches. Ce serait trop bête de tout perdre maintenant. La maîtresse ouvre un nouveau livre de contes et légendes. Cette fois elle nous lit des textes sur l’Auvergne. Il est question de pont, de chien et de diable. L’après-midi s’achève.. Sur nos pupitres vides nous avons posés nos cartables, avec, dedans, comme des  petits cadeaux, les restitutions de Mademoiselle Martin. Dans quelques instants la sonnerie va retentir et nous quitterons notre classe pour la dernière fois. Les grandes vacances sont à la porte de l’école. La placette nous appelle. Nos jeux nous attendent. Nous patientons. Pendant ces ultimes secondes, règne un silence que nous savourons tous. Nous vivons dans le calme les derniers instants de cette année scolaire. A la rentrée prochaine, au cours élémentaire deuxième année,   tout sera différent.  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6374944744952011881?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6374944744952011881'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6374944744952011881'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/11/dernier-jour.html' title='Dernier jour'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6423280402551401668</id><published>2007-11-17T10:01:00.000-08:00</published><updated>2007-11-17T10:02:46.760-08:00</updated><title type='text'>Le beau couffin.</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi certains objets marquent-ils notre mémoire ?  On n’en sait trop rien. Ils se contentent de partager notre quotidien et y laissent leur empreinte. Au détour d’une évocation on les retrouve. Ainsi, en ce qui me concerne, j’ai souvenir d’un couffin qu’enfant j’ai l’impression d’avoir toujours connu. Je vous parle de l’objet en vannerie servant à transporter les provisions et commun à tous les peuples du bassin méditerranéen et non pas du berceau pour l’enfant.&lt;br /&gt;Ce couffin, se distingue des deux ou trois autres que nous possédons car il est coloré, plus grand et plus beau. Ses anses en cuir sont solidement cousues aux épaisses bandes de paille tressée de ses flancs. Ses bords sont décorés de liens en raphia entrelacés  rouge et bleu.  Ce grand sac possède un traitement spécial. On lui tapisse le fond avec un morceau de toile cirée découpé à sa mesure et les bords avec du papier journal pour éviter de le salir. Les autres paniers étant du tout-venant, on droit à moins de précautions. Lui c’est le jeune premier des cabas.&lt;br /&gt;Ce couffin, je m’y accroche quand j’accompagne ma grand-mère au marché de Bab-El-Oued.  C’est celui dans lequel on dépose les fruits et les légumes un peu fragiles. Suivant les saisons, je le vois engloutir les poivrons à la peau tendue et vernie, les abricots dont les noyaux valent de l’or à mes yeux, les amandes avec parfois un peu de sève collante sur leur enveloppe verte et craquante, les savoureuses fèves fraîches dans leur cosse humide et duveteuse, les petites pêches de vigne au goût puissant, le succulent raisin muscat dont je dérobe systématiquement quelques grains, les clémentines odorantes et les oranges maltaises, au jus sanguin et doux. Il accueille le gigot du dimanche, les œufs frais de chez Kader et la charcuterie. Dans les autres on met les patates et les bouteilles.&lt;br /&gt;Ce couffin participe à  toutes les grandes expéditions familiales. Il nous suit  à la plage ou nous accompagne en foret de Bahinem. Pour Pâques c’est lui qui transporte la « Mouna » cette brioche odorante avec son œuf dur au sommet. Quand il sort avec nous il est recouvert d’un beau torchon blanc pour protéger le pique-nique que nous lui confions. En général quand il est dans le couloir les réjouissances ne sont pas loin.&lt;br /&gt;Sauf aujourd’hui! Le couffin se tient à son poste, près de la porte d’entrée, plein jusqu'à la gueule de bonnes choses toutes plus odorantes les unes que les autres. Mais il ne flotte pas une ambiance de fête dans la maison. Ce soir, c’est papa qui l’emmène. Il n’est pas habillé comme d’habitude. Il s’est mis en soldat avec de gros pataugas aux pieds. Faut qu’il aille faire « la territoriale ». Il achève ses derniers préparatifs. Un ami doit venir le chercher. En attendant, j’ai mis son calot sur ma tête et, à l’épaule, je porte  mon fusil à flèche, celui de mon tir aux pigeons. C’est juste pour me déguiser un petit peu, je ne joue pas vraiment. J’observe ce qui se passe assis à la table de la salle à manger.  Je sens bien que tout le monde est un peu triste et que maman est toute tourneboulée. Une fois encore, fébrilement, elle vérifie tout ce que papa emporte. On frappe à la porte. C’est le monsieur qui vient chercher papa. Lui aussi est habillé en militaire. J’ai rendu son calot à mon père. Il m’a soulevé pour m’embrasser en me disant d’être bien sage avec maman et mémé quant il n’était pas là. Il prend notre couffin et se charge de sa grande musette. Maman s’accroche à son bras. Elle descend avec lui pour ne pas perdre quelques minutes de sa présence.&lt;br /&gt;Pendant ces quelques jours où mon père sera absent maman sera anxieuse. Matin et soir, l’écoute du bulletin d’information sur Radio-Alger se fera dans le plus grand silence. Notre poste radio est posé sur le bureau de mon père. Elle s’accoudera à un des cotés du grand plateau de bois, le plus près possible du haut parleur du poste. Les doigts de ses mains nerveusement entrelacés un peu comme quand on fait une prière. Attentive à chaque mot, elle ne se redressera qu’une fois le bulletin terminé, rassurée pour un court laps de temps. Puis, la sordide inquiétude la gagnera de nouveaux&lt;br /&gt;Enfin, papa rentrera, maman sourira de nouveau. Cette fois-ci, je prendrai le calot militaire et je pourrai m’amuser. Tout rentrera dans l’ordre et le couffin rejoindra sa place au fond du placard de la cuisine. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6423280402551401668?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6423280402551401668'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6423280402551401668'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/11/le-beau-couffin.html' title='Le beau couffin.'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-5230863208040679757</id><published>2007-11-07T01:50:00.000-08:00</published><updated>2007-11-07T01:51:02.853-08:00</updated><title type='text'>Une leçon.</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;C’est encore raté ! Le corps de bois heurte le sol en premier. Ma toupie, achetée ce matin,  tournoie pitoyablement sur son ventre. Elle affiche les stigmates de ma maladresse et de mon inexpérience. Encore neuve, elle est déjà grêlée de chocs. Le trait de peinture rouge qui décore sa partie la plus renflée s’efface à plusieurs endroits. Avec persévérance, j’enroule la cordelette autour du corps de la toupie pour tenter un nouvel essai quand une voix me retient :&lt;br /&gt;-« Non, pas comme ça ! C’est pas bon !»&lt;br /&gt;Devant l’entrée du kiosque, un vieux monsieur m’interpelle. C’est Vicente.  C’est comme ça que j’ai entendu mon grand-père l’appeler au boulodrome. Depuis un moment, sous sa large casquette, il m’observe tout en surveillant son petit-fils qui fait du tricycle sur la place Lelièvre. Il vient vers moi et grimpe les marches du kiosque. Déjà deux ou trois autres enfants ont stoppé leurs jeux pour regarder ce qui ce passe.&lt;br /&gt;-         « Fais voir ta toupie. ».&lt;br /&gt;Il tend sa main, la paume vers le haut et me fait signe de lui donner mon jouet en agitant ses doigts. Je m’exécute et je le préviens.&lt;br /&gt;-         « Elle marche pas bien.»&lt;br /&gt;Il examine la toupie et hausse les épaules.&lt;br /&gt;-         « Ahoua ! Tu racontes des « tchalefs », elle est bien cette toupie. C’est toi qui ne sais pas t’en servir !».&lt;br /&gt;Doucement, il chausse des grosses lunettes marron qu’il tire d’un étui placé dans la poche de poitrine de sa veste. Précautionneusement, il enroule la cordelette autour de la toupie. Il a un petit sourire en coin en exécutant ce travail précis. Il tremble un peu . Je regrette de lui avoir confié mon jouet. Il va me l’abîmer c’est sur. Mon inquiétude grandit. Fataliste je me console en me disant que, de toute façon, cette toupie ne fonctionne pas. Elle doit être mal équilibrée ou alors le clou sur lequel elle est sensée tournoyer n’est pas bien affûté. A moins que ce soit la ficelle, trop courte ou trop longue. S’il la casse ce n’est pas bien grave.&lt;br /&gt;C’est drôle une personne âgée avec une toupie dans la main. Un vieux bonhomme ça joue aux boules, au jacquet ou aux cartes espagnoles au café, mais pas à la toupie. Je suis persuadé qu’il va la jeter trop fort et qu’elle se fracassera sur le ciment du kiosque. Il a relevé un peu la manche de sa veste. En préparant son geste, il me prédit:&lt;br /&gt;-         « Tu vas voir comme elle marche bien ! ».&lt;br /&gt;Il lance ma toupie si vite et si fermement que je n’ai même pas eu le temps d’être surpris. Elle atterrit sur sa pointe. Un instant, elle semble immobile, mais elle tourbillonne à toute vitesse. Son museau d’acier frotte sur le ciment, elle ronronne. Elle se déplace au grès des aspérités de la dalle. Le moindre obstacle la fait dévier de sa route. Elle demeure en équilibre pendant un long moment, puis, elle perd de la vitesse, fait quelques embardées comme si la tête lui tournait, deux petits rebonds et se couche sur le coté. Vicente ramasse la toupie et me la rend.&lt;br /&gt; - « Tu vois, qu’elle tourne ta toupie. Mais tu n’enroules pas ta « guitane » comme il faut (Il n’a pas dit pas la ficelle il dit la « guitane ») et ton geste pour la lancer n’est pas bon ».&lt;br /&gt;Il m’a montré comment bien mettre la « guitane ». Il faut que ce soit serré régulièrement autour du corps de la toupie. Pour le geste il m’explique que l’on fait comme si on voulait lancer un caillou pour un ricochet et vite ramener la main en arrière à toute vitesse pour dérouler la cordelette. A une des extrémités de la ficelle il fait une petite boucle qu’il me passe au majeur de la main droite.&lt;br /&gt;-         « Tu enlèveras la boucle quand tu sauras bien jeter ta toupie, sinon tes copains diront que tu envoies ta toupie « à la fille » ».&lt;br /&gt;J’ai dit oui. Devant lui je fais un, puis deux, puis trois essais un peu lamentables mais je perçois que les choses vont mieux. A la quatrième tentative, la toupie tombe sur son axe. Elle tournicote maladroitement mais c’est un progrès qui me gonfle de fierté. Pour moi, l’espoir renaît. Je tourne mon regard vers mon mentor. Il a son pouce droit levé et il cligne de l’œil pour dire que c’est bien. Il appelle le gamin qui fait du vélo. Ils partent. Je vois s’éloigner mon professeur de toupie.&lt;br /&gt;Toute la fin de l’après-midi je m’exerce consciencieusement  en respectant les commandements de Monsieur Vicente : « Guitane » bien serrée régulièrement, geste sec. Maintenant je réussis à presque tous les coups et ma toupie ondule et virevolte comme il se doit.  Alors, j’enlève la boucle autour du doigt et ça marche toujours. La prochaine étape c’est de pouvoir glisser mes doigts écartés sous la toupie quand elle tourbillonne et la récupérer sur la paume de ma main. Mais ça, c’est une autre histoire !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-5230863208040679757?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5230863208040679757'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5230863208040679757'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/11/une-leon.html' title='Une leçon.'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-3469590389258962059</id><published>2007-10-31T02:52:00.000-07:00</published><updated>2007-10-31T02:53:33.284-07:00</updated><title type='text'>La voix</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;De loin ce qu’on perçoit en premier c’est un bourdonnement. Puis, au fur à mesure que l’on s’infiltre entre les étals, on s’enveloppe dans les entrelacs d’une clameur particulière. A l’arrêt, les sons vous parviennent clairs et identifiables un à un. Si l’on progresse, les cris, les appels, les exclamations, les protestations, les altercations, les vociférations, les braillements se chevauchent, se mélangent, se heurtent, s’emmêlent, se brouillent et produisent un bruissement constant. Les chocs de plateaux sur les balances, des poids sur les plateaux cadencent l’ensemble. La fusion de toutes ces sonorités enfante la voix du marché. Cette voix qui mettra tous vos autres sens en éveil.&lt;br /&gt;Elle insistera sur les couleurs.&lt;br /&gt;« Bien rouges les tomates, bien rouges. Les tomates pour la sauce. Pour la macaronnade »&lt;br /&gt;Elle désignera les poids et les formes.&lt;br /&gt;« C’est de la bonne orange à confiture, de la grosse peau, bien lourde, bien ronde »&lt;br /&gt;Elle soulignera les odeurs.&lt;br /&gt;« Respire ce persil arabe ! Respire comme il sent bon !»&lt;br /&gt;Elle incitera à comparer les saveurs.&lt;br /&gt;« Tenez, goûtez les olives cassées, j’ai ouvert la jarre ce matin ! »&lt;br /&gt;« Fais manger une amande au petit ! »&lt;br /&gt;Tout au long de votre déambulation au milieu des étals elle cheminera à vos cotés. Pour ne pas vous lasser elle aura recours à un artifice singulier. Elle vous fera croire qu’elle est multiple alors qu’elle est unique. Elle mélangera l’espagnol, l’italien l’arabe et le français dans un sabir dont elle seul possède la clé.&lt;br /&gt;« Ahmed, kédech les artichauts ? »&lt;br /&gt;« Les gros raviolis come mamma il fatto, come alla casa »&lt;br /&gt;« Espere un poco ! j’peux pas servir dix personnes à la fois »&lt;br /&gt;« Caliente calentita ! Caliente »&lt;br /&gt;Glorifiera la viande ou les volailles&lt;br /&gt;« Mon steak il est tendre comme du beurre. Tu rentres chez toi, tu peux jeter tes couteaux ! »&lt;br /&gt;Exaltera le poisson.&lt;br /&gt;« SI vous voulez du poisson plus frais faut aller le manger dans la mer ! »&lt;br /&gt;Elle usera des images les plus improbables pour vanter les qualités de ses produits.&lt;br /&gt;« Mes figues tellement elles sont bonnes c’est les mêmes qu’on mange au paradis ! »&lt;br /&gt;Elle vous rappellera les règles qui régissent le marché.&lt;br /&gt;« Voilà bon poids pour les bonnes clientes ! »&lt;br /&gt;« Madame, t’es la pour tripoter tous les fruits ou pour les acheter »&lt;br /&gt;Cette voix nous ne pouvons plus l’entendre. Nous sommes trop loin d’elle. Nous percevons, d’autres voix sur d’autres marchés. Elles nous disent les mêmes choses mais avec d’autres termes, d’autres accents, d’autres intonations. Ce n’est pas dérisoire d’être nostalgique d’une voix car ce n’est pas n’importe quelle voix. C’est celle de notre marché de Bab-El-Oued . &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-3469590389258962059?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3469590389258962059'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3469590389258962059'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/la-voix.html' title='La voix'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-630742656149238846</id><published>2007-10-22T01:41:00.000-07:00</published><updated>2007-10-22T05:00:17.827-07:00</updated><title type='text'>Les rameaux</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes le dimanche des Rameaux.&lt;br /&gt;C’est une cérémonie importante et particulière. Importante car elle marque une date dans la liturgie catholique. Ce dernier dimanche de Carême rappelle l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem et débute la Semaine Sainte. Dimanche prochain, ce sera Paques. Particulière car, ici, en Algérie, les enfants n’agitent pas forcément des branchettes d’olivier, de buis ou de palmier. Ils viennent à l’office avec un singulier rameau artificiel, en fait un support à confiseries. Il faut imaginer une tige d’environ soixante centimètres de hauteur servant d’axe à des branches partant perpendiculairement et supportant des friandises accrochées à leur extrémité. Poule, lapin, œuf en chocolat, fruits confits, pâte de fruits, bonbons et surtout le fameux paquet de fausse cigarettes elles aussi en chocolat. L’armature reçoit un habillage et des garnitures en papier coloré ou argenté. Cette décoration ajoute au coté festif de l’ensemble. Avec cette curieuse pratique, certains peuvent percevoir une sorte d’intrusion païenne dans le rite catholique, mais n’est-ce pas simplement un prétexte supplémentaire pour faire plaisir aux enfants. Ils rejoignent l’église en portant précautionneusement leurs rameaux. Pour les plus jeunes un adulte se charge de l’objet. Les gamins, affichent une volonté de fer pour résister au plaisir d’une dégustation prématurée. Tous n’ont pas la même détermination et, parfois, des grignotages hâtifs ruinent la belle harmonie de cette cérémonie.&lt;br /&gt;Je vous livre l’histoire qui suit telle qu’on me l’a rapportée. Elle se passe en 1957 ou 1958 devant l’église Saint Louis. Depuis un bon quart d’heure, toutes les rues menant vers l’église canalisent un flot de familles que l’édifice arrête comme un barrage naturel. Tout le monde est sur son trente et un. Chaque famille couve sa descendance d’un regard satisfait, fière et protecteur. Sur le parvis de l’église on immortalise cette journée par la photo traditionnelle. Le pivot de cette affaire se nomme Henry. Il a neuf ou dix ans. Sa mère, son père et sa jeune sœur de six ans complètent le tableau. Voilà donc nos quatre protagonistes au seuil d’un incident qui laissera trace dans la mémoire familiale. La maman reste attentive à la jeune sœur d’Henri. Six ans c’est encore jeune pour trimbaler ce fichu rameau. Et puis, la fillette a besoin qu’on rectifie un peu sa tenue. A proximité, le papa converse avec un groupe d’amis. Henry est donc livré à lui-même malgré que ses parents soient à deux pas de lui. Il a pris ses précautions le petit Henry, mais une sournoise envie de faire pipi l’envahit. Il perçoit bien qu’il ne pourra pas maîtriser la chose jusqu'à la fin de l’office.&lt;br /&gt;Maman est la, occupée avec sa jeune sœur et papa discute encore. Il n’hésite pas un instant. Il cale son rameau contre le mur de l’église. Prend un départ foudroyant. Trouve un recoin discret. Fait son pipi et revient à son point de départ. La mère n’a pas bougé, toujours occupée avec sa fille. Henry va reprendre son rameau. Malheur de Malheur. Pratiquement toutes les branches sont dépouillées de leurs garnitures. Plus de poules, plus de mandarine et d’orange confites, plus d’œufs à la liqueur, plus de paquet de fausse cigarettes, plus de bonbons fondants. Seules deux branches du bas portent encore à leurs extrémités un minuscule lapin et un paquet de boules à la crème. Elles sont lamentables ces ramures délestées de leurs gourmandises. La consternation envahit Henry. Avant même que sa surprise se transforme en accablement, sa mère se retourne et découvre les dommages. « Henry ! » Hurle-t-elle. « Mais il a le diable au corps cet enfant ! ». Pour elle, il n’y a aucun doute. Henry s’est goinfré de friandises avant l’heure. Elle cède la pauvre mère. L’énervement matinal consécutif a la préparation de la famille s’ajoute à la soudaine contrariété suscitée par le constat de cet acte de voracité quasi-blasphématoire. Elle arme son bras droit en portant sa main loin derrière elle. La claque part. Henry tétanisé par la situation ne tente même pas un geste pour esquiver le coup. Il reçoit la plus remarquable gifle de ce dimanche des rameaux. La bouche ouverte, dans une plainte muette, il pleure. Sa joue gauche se colore en vermillon. De belles larmes larges comme le pouce dégoulinent sur son visage. Il manque d’air.&lt;br /&gt;Quand il retrouve son souffle, entre deux sanglots, il explique la situation à sa mère. Et oui, il est innocent le petit. Il est victime d’un larcin. Sa mère l’admet. Pas une seule trace de chocolat ni autour de la bouche, ni sur les mains. Aucun emballage à proximité et, dans le laps de temps pendant lequel sa mère l’a quitté des yeux, aucun enfant n’aurait pu ingurgiter une telle quantité de friandise. La maman sert son Henry dans ces bras. Il sanglote sur l’épaule de sa mère qui elle-même pleure un peu. Mais Henry n’éprouve aucun ressentiment. Peut-on avoir de la rancune quand on perçoit que maman souffre encore plus que vous. Les larmes se tarissent de part et d’autre. Sa mère promet « Dés la fin de la messe, on ira vite t’en acheter une autre » Elle continue « Tant pis ! Il ne sera pas béni ». Que son rameau soit consacré ou pas, Henry s’en moque un peu. Qu’il soit complet, est, pour lui, la seule chose qui compte ! Henry fait oui de la tête. Il perçoit rapidement tous les avantages que sa situation d’innocent accusé à tort avec exécution immédiate de la sentence lui procurera toute la journée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Henry m’a rapporté cette histoire voilà déjà quelques années. Il a précisé. « Ma gifle des rameaux est devenue un classique dans notre famille. Il n’y a pas une réunion familiale où cette méprise ne soit pas évoquée. Maman est bien âgée maintenant. Certains souvenirs lui échappent, mais pas le hold-up de mon rameau ni la baffe que je me suis ramassé à tort.» &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-630742656149238846?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/630742656149238846'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/630742656149238846'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/les-rameaux.html' title='Les rameaux'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-8770847865143477215</id><published>2007-10-19T11:35:00.000-07:00</published><updated>2007-10-19T11:36:03.439-07:00</updated><title type='text'>Les oursins</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Trois pyramides sombres, sur trois grands plats ovales occupent le centre de la table. Un arôme singulier, franc et plaisant s’en dégage. C’est un parfum de mer, comme le soir au bord de l’eau quand, après une journée de chaleur, tout le rivage exhale ses odeurs.  Ma grand-mère et maman, munies chacune d’une paire de ciseaux pointus ont découpé la partie supérieur de leurs carapaces sphériques armées de piquants. Avec un geste  sec du poignet elles les ont secouées pour vider l’intérieur de ce l’on ne mange pas. « Ils sont bien pleins » constate ma grand-mère&lt;br /&gt;Les oursins c’est le moyen idéal d’oublier que le dimanche se termine. Mon père en a ramassé plein pendant notre après-midi de baignade. Il est allé un peu plus loin que d’habitude. Au bout de la pointe des rochers. Je suis encore trop petit pour l’accompagner, c’est ce qu’il m’a dit. Sur la plage, maman, un peu soucieuse, s’est plusieurs fois levée pour guetter son retour. Quand elle regarde au loin elle me demande «Tu vois papa ? ». Enfin elle constate avec soulagement : «  Voilà ton père qui revient ! » Pour ne pas que les oursins s’abîment en attendant l’heure du retour, papa a immergé le sac en coinçant la corde sous un gros caillou&lt;br /&gt;Maintenant ils trônent sur notre table, à notre merci. Dans chaque oursin, cinq tranches d’une belle couleur corail tapissent les parois de la coque. Elles partent du centre et remontent sur les bords. Dans leur petite coupelle naturelle, elles s’offrent à la dégustation. Elles forment une étoile exquise qu’il faudra savourer précautionneusement. Au préalable, je prépare quelques  languettes de pain un peu comme pour les œufs à la coque. Je prends une tranche de pain assez fine qui servira à cueillir « la langue » orange un peu granuleuse. Je la place en bas de « la langue » et je remonte en vrillant un peu le poignet.   Il faut avoir le coup de main car ce bout de chair est fragile. S’il s’échappe du morceau de pain et tombe sur les piquants c’est terminé…&lt;br /&gt;Entre la chair délicate de l’oursin et le croustillant de pain c’est un admirable mariage des contraires. Quand vous croquez le tout, un goût iodé submerge votre palais. Profitez de cette  saveur délicate, sans agressivité qui se diffuse lentement et persiste. Pour ceux qui sont un peu maladroits, ou qui ne veulent pas trop se gaver de pain, il n’est pas interdit de se servir d’une cuillère à café pour extirper la langue de chair hors de la coque. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Chacun se sert dans les plats tout en commentant  la dégustation en cours. Tout y passe: le bouquet, l’épaisseur et la beauté des tons colorés des tranches. L’inimitable fraîcheur. Papa parle de l’endroit ou il les a ramassés. Il nous décrit la clarté des fonds et la relative facilité  de sa cueillette grâce à ses nouvelles palmes.&lt;br /&gt;Nous en avons terminé avec ces pauvres oursins. Les restes de notre festin filent à la poubelle. .« J’aurai pu en faire plus » dit papa. Maman affirme que « Non, non comme ça c’était suffisant ». Elle s’inquiète trop quand son mari s’éloigne de la plage.&lt;br /&gt;Ah, j’avais oublié de vous dire que mon père avait « fait » aussi trois petits poulpes. Mémé est en train de la cuisiner. Comme ils sont jeunes, donc encore assez tendres, elle les a simplement coupés en petits morceaux et les fait prestement griller. Encore un régal !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-8770847865143477215?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8770847865143477215'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8770847865143477215'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/les-oursins.html' title='Les oursins'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-7831296450608824984</id><published>2007-10-17T12:16:00.000-07:00</published><updated>2007-10-17T12:18:01.586-07:00</updated><title type='text'>Une parcelle de mémoire.</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Il est environ deux heures de l’après-midi. En ce début d’été la chaleur nous tient en otage. Elle s’est installée depuis plusieurs jours. Elle tyrannise tout ce qui vit. La crainte de l’affronter vide les rues. Les façades sont aveugles avec leurs volets clos. Seul le bord de mer  offre une alternative acceptable à la déraison du mercure. &lt;br /&gt;A la placette Lelièvre le petit groupe d’enfants que nous sommes préfère l’ombre du kiosque à la fournaise de l’esplanade. Un de nous dit «Y’a un « kilo » qui arrive ! » (C’est par ce nom que nous désignons les ivrognes et les clochards). Nous avons regardé dans la direction indiquée par son doigt.&lt;br /&gt;Ce clochard, je l’ai déjà croisé. C’est une sorte d’artiste. Au fond de sa détresse demeure un peu de fierté. Une flamme petite et vacillante. Une veilleuse dérisoire qui lui interdit de prendre sans rien donner en échange. En effet, dès qu’il perçoit un petit groupe de personne et la possibilité  d’obtenir quelques centimes ou une ou deux cigarettes, ce personnage chante. D’une voix éraillée il interprète de petites ritournelles humoristiques de quelques mesures&lt;br /&gt;Il progresse lentement. La côte est rude pour lui. Sa marche manque d’équilibre. Par ce temps, comment fait-il pour supporter sa lourde capote militaire kaki ? Deux ou trois poupées, certainement récupérées dans les poubelles, sont accrochées à son habit autour de sa ceinture et sur sa poitrine. Il porte, pendu à son épaule au moyen d’une ficelle, un  petit sac de sport en toile. Au bout de ses bras, un cageot contient quelques fruits et légumes provenant des rebus du marché. Il fait halte à l’angle de la rue de Chateaudun et de la rue Jean-Jaures, sur le trottoir menant à l’école en face de la placette. Avec des gestes lents et mesurés saturés par la boisson, il dépose  son cageot et se débarrasse de son sac. Il est à une place stratégique. A cette intersection, si les gens passent,  il ne manquera pas de public.&lt;br /&gt;Nous sommes quelques gosses à le regarder du haut des escaliers de la placette. Il nous a vus, mais il sait que nous sommes désargentés alors il nous ignore et reste muet.&lt;br /&gt;Malheureusement, personne ne vient. Il est trop tard ou trop tôt et la rue demeure désespérément vide. Cette vaine attente lui fait perdre son combat contre la chaleur et l’alcool. Il renonce. Il appuie son dos contre le mur. Se laisse couler le long de la pierre jusqu'à se retrouver assis par terre. Il incline sa tête vers sa poitrine, croise ses bras sur ses genoux et  y pose son front. Il ne bouge plus. Il dort.&lt;br /&gt;Je n’ai jamais su son surnom, à plus forte raison son nom. Je ne revois pas son visage, juste une maigre et longue silhouette couverte par une capote militaire crasseuse avec des poupées accrochées au tissu. J’ai l’impression que c’est un vieil homme, mais il est souvent difficile de donner un age à ces errants.&lt;br /&gt;Pourquoi ai-je eu besoin d’évoquer ce reflet, installé dans mes souvenirs. Un demi-siècle après il n’a pas lâché prise. Depuis toutes ces années, il dort, dans la chaleur de l’été, à l’angle de ces rues. &lt;br /&gt;Certainement  parce qu’il faisait parti de ce tout que nous formions. Il tenait sa place dans ce mélange de races, d’ethnies, de nationalité, de religions, de statut social, d’opinions politique caractérisant Bab-El-Oued. Nous avons tous dans nos mémoires un ou plusieurs de ces fantômes broyés par la destinée. Ils ont frôlés nos vies et leur particularité a laissé son empreinte dans nos mémoires. Suivant le personnage et la situation nous les avons aidés,  raillés ou pire, consignés dans une cruelle indifférence. &lt;br /&gt;Pour moi, le manque d’Algérie se traduit par un puzzle que je m’évertue à reconstituer souvenir après souvenir, émotion après émotion. Dans ce puzzle, il n’y a pas de pièce mineure. Je prends donc le temps de poser celle-ci à la place qui lui revient. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-7831296450608824984?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/7831296450608824984'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/7831296450608824984'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/une-parcelle-de-mmoire.html' title='Une parcelle de mémoire.'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-5201965534176380198</id><published>2007-10-13T01:19:00.000-07:00</published><updated>2007-11-03T03:20:47.891-07:00</updated><title type='text'>Une longue amitié</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Ce sont deux femmes âgées, assises dans l’ombre protectrice des hauts murs blancs d’une cour carrelée de larges tomettes rouges. Elles parlent d’une voie contenue pour ne pas réveiller deux jeunes enfants qui dorment, côte à côte, sur un petit matelas recouvert d’une étoffe aux motifs colorés et zigzagants. Entre elles, sur une table basse, une cafetière parfume encore un peu l’endroit, Dans une assiette, du miel suinte d’un morceau de zlabia comme la sève d’une branche brisée.&lt;br /&gt;Elles discutent de la vie. De ces faits importants ou pas qui accompagnent leurs existences et bâtissent leurs quotidiens. Le prix des figues au marché. Le dernier siroco. La bonne poule achetée chez Khader et qui a fait deux repas. La couleur du coupon de tissu chez Moatti. Le mariage de la fille de Candida. La mort de l’un, la naissance de l’autre. Elles comparent leurs expériences. Elles s’échangent des adresses, comme des secrets. Elles passent en revue leurs souvenirs communs pour mieux les ancrer dans leur mémoire. Elles resplendissent de bonheur quand elles évoquent leurs petits enfants. Elles sont humbles quand elles parlent d’elles, mais, pour la petite fille ou le petit fils, elles se haussent d’une taille, leurs yeux brillent et elles perdent toute objectivité. Elles basculent dans cette fierté émouvante qui contamine toutes les grands-mères du monde. Elles installent des moments de silence quand, sur le petit matelas, les enfants s’agitent. Puis quand elles sont certaines que le sommeil n’est pas brisé elles reprennent la conversation avec leurs voix comme des prières.&lt;br /&gt;Dans le calme de cette cour elles semblent si proches l’une de l’autre qu’elles paraissent être sœurs. Sœurs elles le sont forcément un peu. Elles se connaissent depuis longtemps. Depuis l’époque de leur jeunesse à plus de quarante années de là. Durant tout ce temps elles ont partagé joies et peines. Tout ce qui a blessé le cœur de l’une a égratigné celui de l’autre. Le rire de l’une a fait sourire l’autre. Elles ont échangé des présents au mariage des enfants. Pour combattre la maladie ou accompagner un mort, chacune a imploré Dieu pour la famille de l’autre.&lt;br /&gt;Les hauts murs blancs isolent cette cour. La chaleur étouffe la ville, mais ici il fait encore frais. La rumeur acide des affrontements naissants dans le pays ne parvient pas à troubler le calme de cette sorte de cloître. Là le temps ne vous pousse pas dans le dos. Ici rien ne peut arriver. Peut-on espérer un meilleur endroit pour discourir sur la vie ?&lt;br /&gt;Elles bavardent, mais ne sont pas inactives. Une coud l’ourlet d’un pantalon, l’autre tricote une layette en laine bleue. Une porte à son cou la main de Fatma, l’autre une fine croix d’or.&lt;br /&gt;Leurs façons de vivre ne sont pas totalement identiques. Pour chacune d’elle il y a la force de la tradition, la différence des religions, le poids des préjugés et les exigences de la communauté. Ce sont des femmes simples. Elles s’attachent à ce qui peut les unir et se détournent de ce qui peut les diviser.&lt;br /&gt;Elles vivent en harmonie, respectueuses l’une de l’autre, protégées par les hauts murs blancs. Tout est paisible… Hélas, plus pour très longtemps.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-5201965534176380198?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5201965534176380198'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/5201965534176380198'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/une-longue-amiti.html' title='Une longue amitié'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6857615158621090529</id><published>2007-10-08T10:16:00.001-07:00</published><updated>2007-10-22T06:40:25.235-07:00</updated><title type='text'>La carriole</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je reviens des commissions. On m’a envoyé chez Juliette Arnaud (La Baronne de la Placette comme dit pépé) prendre des yaourts. J’ai posé l’argent et les petits pots de verre consignés sur le comptoir et je suis reparti avec mes achats. En revenant j’aperçois un « grand » des classes de fin d’étude qui remonte la rue Jean Jaurès en tirant sa superbe carriole. Elle est magistralement construite. La rumeur le disait mais la réalité dépasse ce qu’on peut imaginer. Ce qui surprend ce n’est pas le fait qu’elle soit peinte d’un rouge sombre presque brun ou qu’une tige de fer plat fixée sur le coté droit de la planche fasse office de frein, non, c’est la grosseur des roulements qui servent de roues ! Ils sont énormes et font bien deux à trois fois la taille de ceux que l’on trouve habituellement sur ce genre d’engin. Le « grand» s’arrête. Il s’accroupit sur le trottoir, juste un peu plus haut que l’entrée de l’Ecole Jean Jaurès. Il sort de sa poche un boite de tabac à priser et l’ouvre. Avec son doigt, il puise à l’intérieur une noix de graisse rouge qu’il étale avec attention sur les billes des roulements. Je me suis assis sur le perron de l’immeuble de mes grands-parents et j’admire la machine de l’autre coté de la rue. Le «grand» s’aperçoit que je l’observe. Il termine minutieusement son graissage, se lève, traverse la rue en tirant sa carriole et s’approche de moi.&lt;br /&gt;:-« Toi aussi t’es dans cette école ». De son index il désigne l’entrée du bâtiment scolaire. J’ai répondu que oui. Pour lever toute ambiguïté j’ai vite rajouté que j’étais au cours élémentaire 2eme année afin qu’il ne me prenne pas pour un « petit ». Il s’assoit à coté de moi, sur les marches et, le pied posé sur la planche, imprime un va et vient à son bolide. Le graissage a fait son œuvre car aucun bruit ne parvient des essieux.&lt;br /&gt;- « Tu les as eu où les roulements ? »&lt;br /&gt;- « C’est mon frère, le grand, il travaille à l’aviation. Mais j’ai du attendre, c’est pas tous le jours qu’on peut en avoir de cette taille »&lt;br /&gt;- « Elle va vite ? »&lt;br /&gt;- « Tu rigoles ou quoi ? J’ai été obligé de mettre un frein ! ». pour appuyer cette évidence, il tapote sur la barre de fer plat.&lt;br /&gt;Effectivement c’est une preuve de grande vitesse. Les autres, sur leurs machines communes étendent les pieds de chaque coté de l’essieu avant et freinent avec leurs talons. Je me suis levé pour faire le tour de l’engin. Les roulements, contrairement à toutes les autres carrioles que j’ai vues, ne sont pas rentrés en force sur la barre de bois servant d’essieu. Là, ils sont bloqués par une languette de métal, fixée sur le bois au moyen d’une vis. Pour la direction, ce n’est pas un vulgaire gros clou recourbé qui sert d’axe, mais un gros boulon et son écrou. Je donnerais bien mon vélo pour posséder une aussi belle carriole, mais mes parents ne voudront jamais. Déjà, comme pour anticiper une éventuelle demande de ma part, le cercle familial m’a raconté toutes sortes d’histoire sur les conducteurs de ces engins. Chaque narration se termine par l’accident, les bleus, les dents brisées, les jambes ou les bras cassés, l’amputation pour les plus téméraires (ceux qui tentaient de passer sous le tram), et la mort pour les plus malchanceux. Cette évidente concertation indique un refus de me voir évoluer sur une planche à roulette et, la famille faisant bloc, je sais que nulle part je ne trouverai un appui ou quelqu’un pour plaider ma cause. L’évocation de mon avenir bouché de pilote de carriole doit transparaître sur mon visage car le «grand» me propose soudain : « Tu veux l’essayer ? ». je n’ai hésité qu’un très court instant. J’ai dit oui tout en cachant mon filet et mes yaourts derrière la porte d’entrée de l’immeuble.&lt;br /&gt;« Attention aux voitures » a dit le «grand», « Je siffle quand tu peux y aller! » Il s’est placé un peu plus bas dans la rue. J’ai tiré la carriole jusqu'à l’angle de la rue Cardinal Verdier. Le cœur battant me voila installé sur la planche, la corde bien en main. Le «grand» siffle dans ses doigts. C’est le signal. Avec mes pieds je pousse pour démarrer le bolide, puis je les replace sur l’essieu avant. Je prends immédiatement de la vitesse. Un virage à gauche pour tourner devant chez Coco et Riri et entrer dans la rue qui longe la placette. Je continue sur mon élan encore pendant quelques mètres et je stoppe. Mon initiation a été de courte durée, mais intense ! Le «grand» me rejoint un fier sourire sur son visage. « T’y as vu comme elle roule ! Et en plus c’est pas une grosse pente ! » Je retarde le plus possible l’instant ou il faudra que je me lève pour qu’il récupère son bien. Voilà c’est fait, je ne suis plus sur la carriole et son propriétaire remonte déjà la rue traînant mon rêve derrière lui. J’ai récupéré mes yaourts, grimpé l’escalier en vitesse.&lt;br /&gt;« Tu es tout rouge » a constaté mon grand-père. J’ai eu envie de dire que je venais de faire de la carriole, que j’avais tous mes membres intacts, que je n’étais pas mort et que je venais de passer un sacré bon moment mais ce n’est pas un aveu à faire aux adultes. J’ai juste répondu que j’avais couru.&lt;br /&gt;Je ne sais même plus si j’ai dit merci à mon copain. Peut-être pas. Avec ce court trajet, sur un bout de trottoir, le «grand», m’a offert de quoi me forger un magnifique souvenir de gosse. Bien entendu, avec les années, dans mon esprit, la carriole est devenue de plus en plus belle et a roulé de plus en plus vite. Je n’y peux rien, personne n’y peut rien, c’est la caractéristique des souvenirs heureux, ils embellissent avec le temps. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6857615158621090529?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6857615158621090529'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6857615158621090529'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/la-carriole.html' title='La carriole'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-341022985005115</id><published>2007-10-06T02:18:00.000-07:00</published><updated>2007-10-06T02:19:22.712-07:00</updated><title type='text'>Le Muet</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La sonnerie libère toute l’énergie des classes de l’école primaire Lelièvre. Habituellement, c’est un bel éparpillement turbulent dans les rues adjacentes, la placette ou une course vers le magasin de Madame Tuduri (Coco &amp;amp; Riri pour les anciens !). Cette fois, la majorité du flot oblique directement vers la placette, repoussant, à plus tard, le goûter qui attend à la maison, l’achat de bibérine ou de réglisse car le Muet est là. Le Muet c’est notre héros. Un vrai héros qui existe, que nous pouvons approcher et qui se plie à nos jeux avec gentillesse et bonhomie.  C’est un colosse, une montagne de muscles. Pas de ces muscles de cinéma, non, du vrai muscle, plein de force. Du muscle construit par la vie et le travail.&lt;br /&gt;Quand la chaleur et la fatigue nous forcent à abandonner nos sempiternelles parties de foot, nous nous installons dans l’ombre du kiosque. Là, il nous arrive parfois de parler de lui. Nous le comparons aux personnages qui peuplent nos bandes dessinées. Nos conclusions sont toujours les mêmes: aucun de nos héros de papier ne peut rivaliser avec le Muet.&lt;br /&gt;On dit « le Muet », mais finalement il parle beaucoup. Pas des mots, pas des phrases car la nature lui refuse cette faculté. Il a son propre langage que nous comprenons parfaitement. Il mélange des sons inarticulés à une gestuelle précise parfaitement adaptée à chaque situation. Son handicap disparaît derrière ses dons de mime.&lt;br /&gt;Nous faisons cercle autour du Muet. Il faut jouer des coudes pour se retrouver au premier rang  afin d’être choisi car  c’est un privilège, une référence. Il sait ce que nous attendons,  des tours de force dont nous serons ses assistants.&lt;br /&gt;Le Muet montre du doigt deux spectateurs et plie son bras droit en équerre. De son autre main il frappe son avant bras. Tout le monde comprend. Les désignés doivent se cramponner à lui et unir leurs forces pour l’empêcher de les soulever. Les voilà agrippés au bras du Muet, pesant de tout leur poids. Il les laisse espérer un instant, puis, doucement, les soulève sans le moindre effort apparent puis les repose à terre. Le Muet a un grand sourire qui accompagne un geste traduisant la fatalité. Ses yeux disent en riant : « Alors, les gosses, on croyait pouvoir vaincre le Muet ! Bah ! Vous n’êtes pas les premiers à avoir eu cette prétention ». Il passe à une autre démonstration et réclame d’autres volontaires. Autour de lui, chacun  lève le doigt pour être remarqué. C’est une joyeuse cohue. &lt;br /&gt;Je récupère mon cartable et je cavale chez mes grands-parents. A peine la porte passée j’annonce la nouvelle «  Le Muet fait la force sur la placette ! ». Pour prouver mes dires, j’entraîne mon grand-père sur le balcon. De là, on voit tout. L’attroupement n’a pas perdu de son volume. Au centre, le Muet continue ses exploits. L’assistance admirative ponctue de rires et d’acclamations chacune de ses actions. Maintenant ce ne sont plus simplement des enfants qui composent son public. Plusieurs adultes ont rejoint le cercle et ce ne sont pas les moins empressés à manifester leur satisfaction. Ce n’est pas une exhibition. Nous ne  considérons pas le Muet comme une bête curieuse ou comme un phénomène de foire. Un échange plein de respect mutuel s’établit entre les enfants et cet adulte. Il pourrait utiliser sa puissance pour être craint, il préfère s’en servir pour divertir les mômes. Vous ne trouverez aucune prétention dans cette démonstration de force, mais, sur son sourire et au fond de ses yeux vous percevrez tout le bonheur qu’il ressent à nous amuser. Cette manière de participer à la vie communautaire a élevé  le Muet au rang de « figure du quartier ». En plus, sans le savoir, quelques décennies avant la prise de conscience collective sur le handicap, le Muet nous enseignait, à sa façon,  comment accepter et apprécier la différence.  Au bout d’un moment, le Muet lève ses deux mains ouvertes, paumes en avant au niveau de son visage et les agite pour signifier que c’est fini. Pour souligner sa décision il fait le geste de s’essuyer le front comme pour se débarrasser d’un flot de sueur. Il doit encore serrer un bon nombre de mains, puis, il  part, vers la Basseta d’un petit trot sportif. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec mon grand-père nous quittons le balcon. Demain, à l’école, ceux qui ont eu la chance d’être choisis raconteront et raconteront encore leurs affrontements perdus d’avance avec le Muet. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-341022985005115?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/341022985005115'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/341022985005115'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/le-muet.html' title='Le Muet'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6094283022104899203</id><published>2007-10-06T02:17:00.001-07:00</published><updated>2007-10-10T04:19:48.373-07:00</updated><title type='text'>La calentita</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Il est sorti de la boulangerie en poussant son cri. Il porte sur son épaule gauche une grande plaque noire retirée à l’instant du four. Pour éviter de se brûler il a posé un morceau de sac de jute, plusieurs fois replié sur lui-même, qui couvre la base du cou et descend vers le bras. Sa main droite aussi est enroulée dans une étoffe car elle maintien l’équilibre du tout. Il s’accroupit au niveau d’un piétement de bois formé de deux tréteaux reliés par deux larges longes de cuir brun. D’un coup d’épaule il glisse la plaque sur l’ensemble de bois. Sur un coté du support, des feuilles de papier blanc sont pendues à un grand clou. De l’autre coté, sur une petite étagère branlante tenue par une vis papillon, sont posées une salière confectionnée dans une boite de lait pour bébé et une poivrière issue d’un bricolage identique. Seuls le nombre de trous dans les couvercles diffère. Sa charge en sécurité, le porteur se débarrasse du sac plié sur son cou et le tissu qui protégeait sa main devient une sorte de tablier qu’il coince dans la ceinture de son pantalon de boulanger. Il pousse de nouveau son cri «Calentita caliente ! Calentita caliente ! ». Cette fois il accompagne son appel lancé à pleine gorge en frappant le rebord du plateau avec une spatule de fer au manche de bois éclaté et réparé par de minutieux entrelacs de fil de fer. C’est un claquement sec, plein de caractère semblable au bruit des talons des danseuses espagnoles. Un profane pourrait s’étonner que le vendeur, ayant déjà devant lui plus de clients que de parts qu’il pourra tirer de sa production, lance quand même le cri destiné à prévenir le chaland. Tout cela fait partie du rituel de la dégustation de la calentita. Rien ne doit être rajouté, mais rien ne doit être soustrait.&lt;br /&gt;La cérémonie peut enfin commencer. Penché au dessus de la plaque, avec une précision de géomètre et une habilité de chirurgien le vendeur entreprend la découpe des parts. En premier dans le sens de la longueur par un geste long et appuyé, puis dans la largeur, le coude plié en équerre. Chaque fois qu’il atteint un bord, avant de recommencer un nouveau trait, il frappe fermement son couteau contre le rebord, pour le reprendre bien en main. La farine de pois chiches est cuite parfaitement. On le perçoit à la façon dont la lame pénètre cette sorte de flan compact et au fait qu’elle ressorte sans la moindre trace de pâte. D’un geste nerveux du poignet le vendeur a glissé la spatule sous la première part puis en deux raclements du fond de la plaque il sort une portion. Dans sa masse la calentita est d’une belle couleur légèrement jaune paille. En surface sa robe se pare d’auréoles plus ou moins foncées allant du jaune soutenu au brun franc. Toutes ces indices prouvent la maîtrise du temps de cuisson. En échange d’une pièce de vingt centimes (Je parle en anciens francs d’avant les nouveaux francs qui précédèrent l’Euro !) il sert un beau et lourd parallélépipède de calentita soigneusement déposé sur une feuille de papier blanc. Sel et poivre assaisonnent le morceau suivant les désirs de chacun. Le support en papier, bien trop mince pour préserver de la chaleur, oblige parfois à faire glisser alternativement la portion de la main droite vers la main gauche. Cette jonglerie improvisée peut se terminer par une chute qui déclenche rire et quolibets de clients qui patientent encore pour être servis.&lt;br /&gt;Pour détacher la première bouchée on mord précautionneusement. Si l’on sent que c’est encore trop chaud il vaut mieux ne pas finir son geste et laisser les traces de ses incisives dans la pâte, plutôt que de subir une brûlure tenace. Quand la bonne température est atteinte, le plaisir commence. Le sel et le poivre déposés à la surface jouent parfaitement leur rôle d’avant-garde et excitent vos papilles. La bouchée devient immédiatement onctueuse, soyeuse comme une purée. Alors, graduellement, s’exprime le caractère du pois chiche. Sur la langue c’est une saveur un peu cuivrée proche de celui de la noisette mais sans le coté sucré. On doit en profiter immédiatement car elle s’évapore rapidement. Quand on a la chance d’avoir un angle on profite d’un mince et plat cordon de pâte qui a grillé en escaladant les rebords du plat de fer. Son craquement sous la dent est un petit délice supplémentaire.&lt;br /&gt;Pour le pois chiche la calentita est un bon moyen de s’exprimer totalement. Dans les autres plats ou il est convié, ce légume sec participe à la réussite de l’ensemble sans pouvoir sortir véritablement du lot. Même dans les différentes salades ou purées dont il est l’acteur principal, il est un peu chahuté par les autres ingrédients et les huiles qui servent à relever ces préparations.&lt;br /&gt;Comme sa sœur la Socca ou les panisses ses cousins, la calentita est une fille de la Méditerranée et elle connaît ses enfants. Elle est simple et efficace. Elle va à l’essentiel, elle calme la faim. Comme tous ceux qui pratiquent la vraie générosité, la calentita a du tact. Elle sait qu’elle est un plat de pauvre, mais pour ménager la susceptibilité de celui qu’elle nourrit, elle prend des allures de gâteau.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Voila, c’est fini, la plaque est vide et vous n’êtes pas servi. « J’ai une autre plaque au four » a promis le vendeur. « Dix minutes, pas plus ». Vous me permettez un conseil ? Attendez, ça vaut le coup ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6094283022104899203?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6094283022104899203'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6094283022104899203'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/la-calentita.html' title='La calentita'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-3825477670358600278</id><published>2007-10-06T02:15:00.001-07:00</published><updated>2007-10-06T03:57:02.189-07:00</updated><title type='text'>Le repas à la plage</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Aujourd’hui, réveil de bon matin car nous allons manger à la plage. Dans le couloir, alignés contre le mur, patientent déjà le sac des affaires de bain, le parasol, le siège pliant de mémé. Il ne manque que le « cabacette » du casse-croûte. Il sera bientôt prêt, grand-mère termine de le remplir. Maman a passé une belle robe pleine de couleurs. Papa en short, achève de se raser et part chercher notre Dauphine au garage.&lt;br /&gt;On s’en va. Je tiens ma bouée à la main. C’est une chambre à air de roue de Vespa. Pour l’enfiler, il faut que je dresse mes bras bien serrés en l’air et que je la fasse glisser le long du corps en me contorsionnant un peu. Ce n’est pas simple, mais efficace car je ne crains pas de passer au travers. Le coffre de la voiture absorbe tout notre matériel.  Nous voilà sur la route de la Trappe après avoir fait un court détour par la rue Marquis de Montcalm où des amis nous attendent à côté de leur voiture. Tout le long du trajet mes parents chantent. Attention ils ne se contentent pas d’entendre un air à la radio ou sur un disque puis de le répéter. Non, eux ils chantent dans une chorale. La chorale Jean-Claude. C’est pour moi une grande source de fierté. Leurs voix entourent ma vie d’une résonance rassurante. Chaque fois que la situation le permet, consciencieusement, ils peaufinent les morceaux qu’ils sont en train de travailler. Après quelques couplets et refrains nous sommes arrivés. On quitte la route goudronnée pour prendre le chemin qui conduit à la mer. Papa concentre toute son attention pour ne pas ensabler la voiture. On arrive prés des cabanons, construits face à la mer en suivant une grande courbe qui épouse la forme de la plage. Je suis impatient d’aller à l’eau, mais les adultes n’en finissent pas de se saluer. Rolande et Joseph, qui nous reçoivent, font les honneurs des lieux, forcément, ça rajoute à l’attente. Enfin, nous allons nous baigner. C’est le calme plat. Des vagues amicales déposent régulièrement un petit liseré d’écume en lisière de plage. Le temps se fait oublier. La chaleur, la lumière, le paysage, la proximité et la disponibilité de multiples moments de joies simples se liguent pour anesthésier nos sens. Plus tard, quand nous serons privés de cette vie, nos souvenirs, comptables incorruptibles,  dresseront le bilan de nos bonheurs perdus et nous souffrirons de ne pas les avoir évaluer à leurs justes valeurs. Pour l’instant, tout est la, rien ne manque à notre farouche volonté d’être heureux. Le rire d’un ami. La chaleur du sable. Le geste d’un enfant. Le poisson péché. La vague léchant le corps. Le bruit du gravier sous le ressac. L’eau fraîche bue à la régalade. Les jeux cent fois ré-inventés. L’ombre apaisante d’une touffe de roseaux. Le baiser salé d’une mère. La vue d’une voile au loin. La marche lente et précautionneuse sur les rochers. Le cri aigu et faussement courroucé de l’éclaboussé. Les épaules du père en guise de plongeoir. Un filet de brise comme une caresse à travers la chaleur. La photo où tous se regroupent. L’aïeul, la main posée en visière au-dessus d’un regard usé.   &lt;br /&gt;Midi survient, les ombres ont disparu. Un soleil excessif et un appétit aiguisé nous font battre en retraite et vident la plage. Sous la claie en roseau de la véranda du cabanon, la table aligne les victuailles. Bien sur, chacune des familles présentes jure ses grands dieux qu’elle n’a presque rien apporté. Pourtant des cocas obèses voisinent avec les sardines en escabèche. Il faut faire de la place pour l’énorme assiette de poivrons grillés. Les pâtés à la soubressade partagent leur espace vital avec un demi boutifar. Un énorme saladier où cohabitent tomates,  petits oignons, anchois et œufs durs soutient l’incontournable plat où les crevettes roses dessinent une rosace. Des mantécao, leurs crânes brunis de cannelle se préparent pour le dessert.  Le vin de la Trappe réjouit les adultes, pour nous, les gosses c’est du Selecto. Un désordre joyeux règle le repas. Les plats et les assiettes passent de main en main. Les compliments aux cuisinières se font la bouche pleine, comme une preuve de sincérité. Les conversations se télescopent. Une anecdote en entraîne une autre. Les souvenirs s’extirpent des mémoires. Les désirs, les craintes et les projets fanfaronnent en défiant l’avenir. Les rires, les exclamations, les mimiques, les « tape-cinq » brodent une guirlande qui encercle et enjolive le tout. &lt;br /&gt;Le repas terminé, la table nette à nouveau, le calme occupe le terrain. Ceux qui ne dorment pas, accoudés à la table, parlent à voix basse une tasse de café à la main.  Les chaises longues et les pliants se font accueillant pour les autres. Au-dessus de la tête des dormeurs, l’ombre offerte par les canisses favorise cette parenthèse apaisante. La véranda s’improvise sanctuaire. Ce presque silence agit comme un baume qui s’impose en contrepartie nécessaire aux tumultes du repas. &lt;br /&gt;La digestion achevée, nous retournons sur la plage renouveler nos plaisirs du matin. Puis, le soleil décline. Il faut partir et c’est l’instant des derniers saluts, des ultimes embrassades. Je tape bien mes pieds avant de rentrer dans la voiture pour ne pas y mettre du sable.&lt;br /&gt;La communion païenne du plaisir de la plage s’achève une nouvelle fois. Nous venons de déposer nos offrandes sur l’autel du bonheur. Notre culte à la vie a certainement offensé d’autres Dieux rancuniers  à qui nous le payerons plus tard.  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-3825477670358600278?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3825477670358600278'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3825477670358600278'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/le-repas-la-plage.html' title='Le repas à la plage'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-8653658383206382754</id><published>2007-10-06T02:13:00.000-07:00</published><updated>2007-10-06T02:14:15.688-07:00</updated><title type='text'>La Folle</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Elle dérive entre les étals du marché de Bab-El-Oued. Malgré la chaleur de ce début d’été elle est caparaçonnée dans un lourd manteau de laine bleue. Ses lèvres balbutient des mots feutrés que nul ne peut entendre. La tête jetée en arrière elle rit silencieusement des ses inaudibles monologues. Ses mains griffent l’étoffe dans les poches du manteau. On perçoit le cliquetis de ses bracelets qui s’entrechoquent. Son regard porte au loin et glisse sur  les choses et les gens. Si on la frôle, elle laisse échapper une douce plainte, avance de quelques pas courts et rapides et s’immobilise un instant. Le contact avec ses semblables semble la brûler comme un acide. Son calme revenu, elle reprend sa déambulation et ses conversations intérieures. Elle est encore jeune. Elle n’achète rien, ne quémande rien, ne s’adresse à personne. Sur son passage, son comportement ne déclenche ni sourire, ni raillerie, ni agacement. Elle n’a rien de commun avec ces  figures du quartier qui doivent leurs renommés à des comportements excessifs.&lt;br /&gt;Ma grand-mère Ascencion et moi sommes devant chez Mezrar en train de payer une bobine de coton à repriser. La Folle est à deux pas de nous.  Je crains de la voir nous heurter. Je ne la perds pas des yeux afin d’anticiper un éventuel contact. Le temps de reprendre notre monnaie et de glisser le coton dans un de nos paniers en paille tressée, elle s’éloigne. « C’est triste ! » Dit une très grosse dame à ma grand-mère en parlant de la Folle. « Elle a perdu son mari, son fils et sa mère à cause des évènements. La douleur l’a rendue folle ». Grand-mère et la très grosse dame se lancent dans une conversation sur les « évènements ». Pendant toute leur discussion, j’inspecte minutieusement la foule pour essayer de repérer la Folle. Elle n’est plus là. Nous terminons notre circuit dans le marché sans la croiser de nouveau. Disparue la Folle. Notre dernière station c’est chez kadher pour prendre des œufs. Ils seront ainsi placés tout au-dessus des autres achats et ne craindront rien dans nos paniers pleins. Nous retournons à la maison. J’emporte avec moi l’image troublante de cette ombre. &lt;br /&gt;Le lendemain et les jours suivants pas de Folle au marché. J’ai longtemps guetté le manteau bleu mais je n’ai jamais revu cette femme. Son errance l’a transportée ailleurs où elle a du continuer ses conversations imaginaires nées de  son propre calvaire.&lt;br /&gt;A cette époque, je n’ai pas osé parler de la Folle aux adultes de ma famille. Je discernais qu’ils mettaient tout en œuvre pour me protéger des violences qui martyrisaient de plus en plus l’Algérie. Parler de la Folle, c’était prendre le risque d’évoquer le sujet. Pourtant, j’aurai voulu comprendre comment la douleur peut conduire à la folie. Pour moi la douleur c’était la chute sur le gravier et le genou couronné, la dent de lait qui s’attarde et qu’il faut arracher, l’épine d’oursin dans le pied. Bon tout cela n’est pas agréable mais de là à rendre fou !&lt;br /&gt;Plus tard, le raisonnement aidant,  j’ai su ce qui était arrivé à cette femme. Nos affrontements avaient fait plus que la tuer. Ils l’avaient transformée en une pauvre épave dont l’esprit clos ne pouvait plus recevoir de compassion, prononcer de pardon, exprimer la douleur ou entretenir le souvenir salvateur. Une vie privée de conscience dans un enfer plus terrible que la mort. Qui peut mériter cela ? Quelle cause peut exiger ce tribu ?&lt;br /&gt;J’ignore à quelle communauté appartenait la Folle et quelles étaient ses origines et c’est mieux ainsi. De cette façon, si cette pensée que j’oriente vers elle lui parvient, elle le sera  dans une fraternelle clarté dénuée de réflexe partisan. A près d’un demi-siècle de distance, c’est l’unique et dérisoire chose que je puisse faire pour elle. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-8653658383206382754?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8653658383206382754'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/8653658383206382754'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/la-folle.html' title='La Folle'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-6741189019499375416</id><published>2007-10-06T02:11:00.000-07:00</published><updated>2007-10-06T02:12:19.124-07:00</updated><title type='text'>Le beignet arabe</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Blanchette, d’un geste mesuré, cueille une poignée de pâte blanche, presque laiteuse dans une grande bassine à coté de lui. C’est un magicien et un jongleur à qui la matière obéit. En quelques secondes, ses doigts habiles qui s’agitent par saccades régulières, viennent de transformer la boule en un disque de la largeur d’une main. Comme pour tous les gestes répétés mille fois la difficulté semble absente, mais ne vous y trompez pas, l’exercice est complexe. Devant lui, dans un large récipient circulaire, l’huile bout. Le disque de pâte est projeté dans la friture par un mouvement sec et précis. Au contact du liquide brûlant, se produit un chuintement et un petit brouillard odorant monte du beignet. A cet instant vous commencez à déguster votre beignet par les narines. Blanchette, avec une longue tige de fer  imprime un mouvement circulaire au beignet pour bien répartir l’effet de la cuisson, puis dans le même geste, toujours avec sa pique, il le retourne pour frire l’autre coté. A cet instant ce sont vos yeux qui prennent le relais. Plongée dans le bain de friture la pâte a changé de couleur et de texture. Le bord du beignet s’est gonflé et distendu en un large bourrelet craquelé. Des bulles de pâte formées par la chaleur ont parsemé sa surface de petits cratères plus sombres. Une belle couleur  brune augure du régal tout proche.&lt;br /&gt;La cuisson finie, la pique transperce le beignet et l’agite afin d’évacuer l’huile à sa surface. Pour pouvoir tenir le disque brûlant, Blanchette le pose dans une feuille de papier repliée sur elle-même.&lt;br /&gt;Vous pouvez, enfin, déguster la chose. On mord dans cette surface luisante qui enveloppe une mie blanche encore brûlante. La rapide plongée dans le bain bouillonnant a créé d’innombrables alvéoles qui rendent la pâte cuite souple et savoureuse. L’huile a laissé l’empreinte de son goût particulier. Un sorte d’amertume légère, un peu musquée et sans fadeur. La première bouchée arrachée au beignet roule dans la bouche et sa chaleur décuple l’alchimie onctueuse de cette simple préparation. Mais attention, si vous n’avez pas su attendre quelques instants il faudra arrondir votre bouche comme pour prononcer la lettre « O » et aspirer de l’air afin de ventiler votre palais et refroidir la bouchée brûlante qui s’y trouve. Cette légère brûlure fait aussi partie du plaisir. Au centre, là où la pâte est plus fine, c’est une mince paroi  croustillante qui vient rajouter une saveur supplémentaire à la dégustation. Quand on la mord, elle se brise en d’innombrables morceaux. Cette délicieuse fragilité vous oblige à passer et repasser la langue sur vos lèvres pour  récupérer les miettes collées. Le beignet est fini et la petite fringale qui vous tenaillait n’est plus.  Seuls les commissures des lèvres et  les doigts encore un peu gras trahissent votre gourmandise.  &lt;br /&gt;Les grands gastronomes souligneront qu’une simple pâte levée et frite dans l’huile ne peut être inscrite au grand livre de la gastronomie. On peut en convenir, mais ce n’est pas l’ambition du beignet arabe. Il est conscient et fier de sa rustique simplicité. Il ne prétend pas aux honneurs des grandes tables. Il préfère se produire dans de modestes échoppes.  C’est  un fidèle ami qui aime réjouir le  peuple de la rue.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-6741189019499375416?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6741189019499375416'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/6741189019499375416'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/le-beignet-arabe.html' title='Le beignet arabe'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-3167683059894928298</id><published>2007-10-06T02:08:00.000-07:00</published><updated>2007-10-06T02:09:59.659-07:00</updated><title type='text'>L'enterrement</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les premières sont les femmes. Par petit groupe elles s’approchent de l’église &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;Saint-Joseph&lt;/span&gt;. Toutes de sombre vêtues avec une mantille ou un foulard sur la tête. Enroulé autour de la main qui tient le missel gonflé d’images pieuses, le chapelet familial. C’est important que ces femmes &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;soient-la&lt;/span&gt;. Elles le savent et tiennent leurs places avec solennité. Il se forme des îlots qui, au gré des saluts &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;qu&lt;/span&gt;’elles se portent, s’agglomèrent et grandissent. Elles se frôlent la main ou l’épaule dans des gestes apaisants. La fille agrippe le bras de sa vieille mère et, pour la soutenir, le tien serré contre son flanc. Bientôt nul ne pourra ignorer que cet après-midi il y a un enterrement.&lt;br /&gt;Maintenant arrivent les hommes. Par hommage à celui qui n’est pas encore là ils ont endossé le costume des instants tristes. Ils regardent de droite et de gauche comme pour s’assurer que personne ne manque. Pour ne pas fendre la foule ils se saluent de loin en levant lentement le bras. Cette attente obéit à un ordre établi &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;qu&lt;/span&gt;’ils ne veulent pas déranger.  Ils n’ont pas de larmes  ou tout du moins pas ici. C’est surprenant cette foule qui parle à voix basse, avec retenue alors que d’habitude le moindre petit groupe claironne et gesticule comme il sied à de bons méditerranéens. Les marches qui conduisent au parvis de l’église &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Saint-Joseph&lt;/span&gt; accueillent les proches de la famille. Là, les larmes des femmes  coulent déjà. Un véhicule noir, barbare, lent, caparaçonné de fleurs s’approche et fait halte devant l’église. Il traîne la famille derrière lui. La veuve, soutenue par les enfants, s’accroche à eux comme pour ne pas être aspirée par sa douleur. Les couronnes mortuaires et leurs lettres en métal argenté ou doré disent les chagrins en des mots convenus. Le puissant soleil de ce début d’après-midi arrache des reflets aux vitres et à la carrosserie du monstre. C’est le même soleil qui, plus loin enveloppe les plages et réchauffe les baigneurs.  Les cloches sonnent un rythme grave et lent. Six hommes, costume noir, cravate noire, casquette noire, sortent le cercueil. Gestes lents et automatiques. A la porte de l’&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Eglise&lt;/span&gt;, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;Castera&lt;/span&gt;, le prêtre s’avance. Le respect prend alors le visage d’une foule qui se fige. Un peu plus haut, sur la droite à la devanture du café les clients sortent et se découvrent. Les boulistes interrompent leurs parties comme si le heurt du fer contre le fer devenait indécent. Ceux qui sont assis se lèvent.  Les enfants cessent leurs jeux. Le ballon est pris en main. Les courses stoppent. Les passants restent immobiles. Il n’y a que les martinets, insensibles à l’instant qui continuent leurs vols nerveux et imprévisibles. Le silence se mêle à la chaleur. Le drame imprègne chacun de nous. Un peu fade, déjà passée l’odeur des fleurs se répand.  Le lourd coffre de bois tangue sur les épaules des porteurs. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;Ca&lt;/span&gt; fait comme un simulacre de barque. Le mort entre dans l’église. Le chagrin le suit pesant sur les épaules et les cœurs de ses proches. Puis, à pas lents, dans un cheminement méticuleux, tous s’engouffrent dans la nef pour montrer à celle qui reste combien celui qui part mérite &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;qu&lt;/span&gt;’on chemine une dernière fois à ses cotés.&lt;br /&gt;Les deux énormes battants de bois se ferment. C’est un signal qui dit «  Allez, vous pouvez retourner chacun à vos occupations » Le café se remet  à &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;bruisser&lt;/span&gt; comme une ruche. Chapeaux et casquettes recouvrent les crânes. Les promenades reprennent. Un entre-deux fait redémarrer la partie de foot. Les boules cuivrées se heurtent de nouveau.&lt;br /&gt;Je ne sais pas qui est mort et beaucoup, comme moi, l’ignorent. Il n’est pas utile &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;qu&lt;/span&gt;’il soit connu de tous pour mériter notre hommage. Cela tient au fait que le peuple &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;Pieds-Noirs&lt;/span&gt; s’est construit sur le déracinement. Issue de groupes différents nous avons bâti notre propre identité sur cette terre d’&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Algérie&lt;/span&gt;.  Alors nous savons ce que vaut chaque individu et à quel point il est important pour la communauté. Notre respect n’est pas du à la crainte de la mort, c’est la reconnaissance de tout ce &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;qu&lt;/span&gt;’a accompli celui ou celle qui part. Ce respect comme notre singulière exubérance, signent notre perpétuelle déclaration d’amour à la vie.     &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-3167683059894928298?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3167683059894928298'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/3167683059894928298'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/lenterrement.html' title='L&apos;enterrement'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-9051150440666960245</id><published>2007-10-06T02:06:00.000-07:00</published><updated>2007-10-06T02:07:40.272-07:00</updated><title type='text'>L'apéritif</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;On revient de la plage. Mon père a « fait des oursins ». Pour les ramener, nous les avons mis dans le sac des affaires de plage. Un grand sac à rayures orange et blanche que ma mère a confectionné. On a vidé le sac sur la table de la cuisine. Les épines sombres et  violacées s’agitent encore. Ma grand-mère décrète que l’on va manquer de pain pour tous ces oursins et mon oncle se propose d’aller en chercher. –« Je viens avec toi tonton ». Le temps de sauter dans mes « mévas » et je le rattrape dans la cage d’escalier. Dans la rue il fait encore chaud car la brise de mer qui se lève ne s’est pas encore faufilée dans l’avenue de la Bouzaréah. La boulangerie allait fermer, mais il reste un pain que je porte comme un trophée en traversant la rue. Sur le trottoir mon oncle pose sa main sur ma tête et déclare :- « Viens, je te paye l’apéritif ». Il me tire par l’épaule et je me retrouve dans le café. C’est ma première fois. On se dirige vers le comptoir. Mon oncle me soulève pour que je puisse m’asseoir sur un grand tabouret à l’angle du bar. Tonton prend une anisette et, pour moi, le serveur dose un sirop d’orgeat dans un verre identique à celui de mon oncle. C’est comme si on buvait pareil. Puis une dame sortie de derrière un rideau fait avec des perles de bois de toutes les couleurs  installe des petits ramequins pleins de kémia. Des olives vertes et noires, des carottes à la juive, des cacahuètes grillées avec leur petite peau fine et brunâtre, des variantes gorgées de vinaigre, des tramousses nacrées, des bliblis dorés et craquants, des poivrons au four et de la soubressade. La dame revient et pose devant moi un petit charlot en céramique qui tire son chapeau et sa tête est pleine de cures-dents en bois. Mon oncle discute avec Gaby, un de ses copains car il a besoin d’une pièce en cuivre pour son petit voilier. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C’est bien l’apéritif au café. On déguste les mêmes choses qu’a la maison mais personne ne vous dit : « Mâche bien les olives ! » « Attention de ne pas avaler le noyau ! » « Ne prend pas les carottes dans ce plat, c’est les piquantes ! » « Tu t’es gavé de cacahuètes, tu vas rien manger ce soir ! » « Tu arrêtes avec les variantes, c’est plein de vinaigre tu vas être malade ! » « Mange pas la peau de la soubressade ! ».&lt;br /&gt;Tout en puisant  alternativement dans chaque plat je me  délecte du spectacle. Tout le monde fume, ou presque et ça fait un reflet bleuté qui s’étire entre le sol et le plafond. Dans le fond du bistrot se joue une partie de baby-foot serrée. Les joueurs sont cassés en deux au-dessus des barres qui portent les figurines de bois. Ils se redressent brusquement quand ils ont tiré ou bien bloqué un but ou une passe. C’est la fin. Au geste rageur et dégoûté que fait l’un d’eux pour repousser les boules rouges qui marquent le score on comprend qui vient de perdre. Le groupe se retrouve au bar et commande une nouvelle tournée. Les gagnants chahutent les perdants qui invoquent une déveine implacable.  La place au baby ne reste disponible que quelques secondes. Claquement sec  de la tirette. Chute des boules. Un s’essuie les mains sur son pantalon, l’autre enlève ses lunettes et les glisse dans sa poche de chemise. Un nouvel affrontement peut avoir lieu.&lt;br /&gt;Tous ces hommes  parlent haut et fort. Les mains et les bras s’agitent pour mieux souligner la discussion. Parfois, au dessus de cet océan de bruit, surgit une vague plus forte que les autres. C’est un grand éclat de rire à la fin d’une histoire ou un surnom crié pour saluer l’entrée d’un habitué.&lt;br /&gt;Mon oncle me redescend  de mon tabouret. -« Allez, on file, sinon on va se faire incendier ». Dommage il reste encore plein de kémia dans les raviers. &lt;br /&gt;On grimpe les escaliers en courant. Arrivée devant la porte de l’appartement mon oncle trace un « X » sur sa bouche avec son index, ça veut dire ne rien raconter de notre escapade au bistrot. On scelle notre pacte de silence par un « tape cinq ». On sonne. Mémé vient ouvrir. Tonton dit qu’il avait fallu « aller à Dache » pour trouver du pain à cette heure. J’ai bien vu que ma grand-mère Ascencion ne l’avait pas cru. C’est normal, c’est sa mère, moi aussi je n’arrive pas à mentir à ma mère.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-9051150440666960245?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/9051150440666960245'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/9051150440666960245'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/lapritif.html' title='L&apos;apéritif'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-672181863633891066</id><published>2007-10-06T01:11:00.001-07:00</published><updated>2007-10-06T11:23:41.610-07:00</updated><title type='text'>Le cimetière</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;-« Et tiens-toi bien ! » Ma grand-mère vient de me donner l’ultime conseil avant de passer le seuil du cimetière de Saint Eugène. Ce n’est pas rien le cimetière. C’est un lieu ou il faut être digne. La preuve, on m’a mis une bel chemise, de l’eau de Cologne et j’ai du me peigner. Nos morts sont-la. Une lourde pierre sur eux, comme pour les empêcher de partir une seconde fois. D’ici, on voit tout, c’est ce que tout le monde dit. Ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé à quel point la vue était magnifique. Cette colline qui ne peut se retenir de dévaler vers la mer. Cet horizon, ouvert à perte de vue. Une mer offerte comme un cadeau. La chaleur qui trouble les détails. Les maisons et les immeubles qui partent à l’assaut de la pente. L’odeur forte des plantes. Mais, à sept ans ce ne sont pas des choses que l’on remarque.&lt;br /&gt;Depuis que je sais lire, j’aime bien accompagner ma grand-mère au cimetière. Je file entre les tombes, dans les différents secteurs du cimetière et je déchiffre les noms. On dirait la liste d’appel de la classe.&lt;br /&gt;Aujourd’hui, nous sommes venus voir mon oncle Jean-Pierre, mon oncle paternel. Il est mort à la guerre, six ans avant ma naissance. Il est mort pour la France, c’est marqué sur la tombe. A chaque visite, le rituel est le même. Ma grand-mère pose un baiser sur sa main, ensuite elle caresse doucement la photo un peu bombée en émail. C’est la même photo que celle dans le cadre de cuir rouge foncé sur la cheminée de sa chambre.&lt;br /&gt;Puis elle sort une petite éponge et des chiffons d’un sac en maille qu’elle a elle-même confectionné au crochet. C’est pour moi le signal d’aller jusqu'à la pompe et de rapporter un arrosoir en zinc. Il ne faut pas que je le remplisse entièrement car je ne pourrais pas le porter. Je le tiens loin de moi pour ne pas maculer ma chemise. Elle verse l’eau sur la tombe, doucement et elle nettoie la pierre par de petits frottements circulaires. Elle lave cette tombe comme elle lavait son fils quand il était bébé. Je vais chercher un autre arrosoir. C’est pour rincer. La chaleur chasse l’eau sur la dalle. Alors, cette toilette effectuée ma grand-mère s’assoit sur la pierre. C’est à cet instant que la dame est venue. On ne la connaît pas cette dame… jamais vue. Elle a juste posée une question à ma grand-mère :&lt;br /&gt;- « C’est votre fils Madame ? » Ma grand-mère a répondu mais sans dire oui. Elle a juste bougé la tête et bloqué un sanglot.&lt;br /&gt;- « Le mien est plus haut », a expliqué la dame. « Vingt ans… A Colmar ». Ma grand-mère s’est levée. Elle a pris la dame par le bras et elle a dit : « Allons le voir », puis elle s’est retournée vers la tombe en disant :-« Jean-Pierre, je reviens ». Nous sommes allés sur la tombe de la dame. La aussi c’est marqué « Mort pour la France ». Il s’appelle Baptiste. Elles ont parlé ensemble, doucement, comme pour se dire des secrets. Leurs mouchoirs roulés en boule bloquaient leurs larmes. C’était long. Je me suis assis sur une tombe et j’ai sorti une petite voiture de ma poche. Une dauphine. Je l’ai fait serpenter entre les lettres gravées sur la dalle.&lt;br /&gt;Pendant ce temps la, en face de moi, deux mères innocentes subissaient la plus grande cruauté inventée par des Dieux déments : Perdre un enfant. Quand elles ont terminé d’échanger leurs malheurs nous sommes partis. On est passé récupérer le petit filet, l’éponge et les chiffons. On a dit au revoir à mon oncle et ma grand-mère a encore embrassé la photo.&lt;br /&gt;La vie nous a rattrapés quand nous sommes sortis du cimetière. :-« Ne cours pas devant Pierre-Emile !». Je suis vite revenu auprès de ma grand-mère. Elle avait cessé de pleurer, mais ça faisait de grandes traces rouges sous ses yeux bleus. J’ai pris sa main et j’ai fait un petit baiser. Avant de remonter à la maison elle m’a emmené chez Coco et Riri. Madame Tuduri, derrière son comptoir, m’a affirmé que j’étais beau comme un astre. « On est allé au cimetière », j’ai répondu. J’ai eu droit à deux sachets de bibérine, un rouleau de réglisse avec un gros bonbon au centre, un coquillage à sucer et des cachous dans une petite boite en carton qui fait domino. C’est toujours comme ça quand on revient du cimetière.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-672181863633891066?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/672181863633891066'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/672181863633891066'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/le-cimetire.html' title='Le cimetière'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4294853083556885201.post-9052486191011555471</id><published>2007-10-02T09:07:00.000-07:00</published><updated>2007-11-04T01:21:38.042-07:00</updated><title type='text'>Les boulistes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Le boulodrome étirait ses différentes pistes sur un des cotés de la Place Lelièvre, juste derrière le kiosque. Quelques rares fois, le jeudi après-midi, tenant la main de mon grand-père, je franchissais le portail. Je n’allais guère plus loin. Je m’asseyais de suite à droite de la porte. Le fait d’être admis dans cet espace exigeait de ma part de me faire oublier car les enfants ne devaient pas en passer le seuil. C’était inconfortable, mais, être là, c’était autre chose qu’un match de foot ou une partie de billes dans la rigole de ciment.&lt;br /&gt;Les boulistes étaient différents l’après-midi et le soir L’après-midi, c’étaient des « vieux », comme mon grand-père. A cette époque et à cet endroit être vieux ce n’était pas péjoratif ou discriminant. Au contraire, être vieux vous apportait respect et attention. Donc, vers dix neuf heures, les équipes changeaient de profil. Les parties se disputaient alors entre joueurs rentrant de travail.&lt;br /&gt;Je préférais nettement l’ambiance de l’après-midi. Le soleil plombait le tuf recouvrant le terrain. Il s’en exhalait une odeur un peu acre. Le jeu obéissait à un rythme plus lent car la chaleur et l’age des joueurs ralentissaient chaque mouvement. Chacun s’épargnait une gesticulation inutile ce qui donnait à tous une solennité patriarcale. Joueurs et spectateurs étaient impeccables. Ils portaient la large casquette ou le béret qu’ils soulevaient à intervalles réguliers pour s’essuyer le crâne et le front. Le pantalon remontait haut sur le ventre. Dans ce quartier ouvrier certains n’avaient pas abandonné le « bleu de chauffe », pourtant l’on sentait que l’habit bleu, trop net, ne côtoyait plus le chantier ou l’atelier. Mais, au-dessus de tout ça il y avait le pliant. Allez savoir pourquoi, je rêvais d’un de ces petits pliants de toile à rayures multicolores et armature de bois. C’est avec envie que je les voyais s’installer aux endroits qu’ils jugeaient les meilleurs, soit pour l’ombre du kiosque, soit pour ne rien perdre des phases de jeu.&lt;br /&gt;Avant chaque coup, le chiffon jaune ou le bout de peau de chamois débarrassait les boules d’une pellicule de poussière gris blanc. Par contre les chaussures et les espadrilles ne pouvaient y échapper. Quand un coup était joué, qu’il soit raté ou réussi, le juron du bouliste s’exprimait dans un souffle comme s’il avait du mal à passer la barrière des lèvres. L’assistance, elle, murmurait ses commentaires et parfois applaudissait. Cette pudeur s’expliquait certainement par le fait que, l’après-midi, la place Lelièvre, accueillait mamans et mamies et que, joueurs et spectateurs du boulodrome se contenaient pour ne pas heurter de chastes oreilles.&lt;br /&gt;Le soir c’était une autre paire de manche. La placette se vidait et le boulodrome retrouvait une trivialité toute méditerranéenne. Du balcon de mes grands-parents dont l’appartement se situait juste au-dessus de chez Coco &amp;amp; Riri, j’entendais avec délectation tous ces jurons rageurs ou jubilatoires. Je faisais provision de toutes ses imprécations avec la ferme intention de m’en servir plus tard.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4294853083556885201-9052486191011555471?l=sbeo.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/9052486191011555471'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4294853083556885201/posts/default/9052486191011555471'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sbeo.blogspot.com/2007/10/les-boulistes.html' title='Les boulistes'/><author><name>PE.B de Bab-El-Oued</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15976627606404501785</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry></feed>
